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HISTOIRE

MORALE

DES

ILES ANTILLES

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L'AMERICLVE. T©rne Second»

€HeZ CHRISTOFLE FOVRl^T>^ ^eMerciere^la^ibliothequei) >ï< <>

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TABLE

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Des Chapitres, & des Arti-l eles du fécond Livre de g l'Hiftoire Morale des An- ^ filles. R

Ghap. I. St^i £ VEtabliffement- des 7lMià Habitais Etrangers" dans les Iles de Saint Cbrislofle, do - Nievesydela Gardeloupe>de la Mar- tinique, & autres Iles Antilles, p.i II. I* Etabli ffement des François dans les lies de Saint Bartelemy y de S. Martin, & de Sainte Croix. 42. D* V affermiffement de la Colonie Françoife de la Gardeloupe3parla paix qui fut faite avec les Caraï- bes de la Dominique > en Van 1 640. 7 1

TV. Du Trafic & des occupations des Habitant Etrangers dupais r Et premièrement de la culture & de la préparation du Tabac. 9 5 ë V V.De

III

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ÏABLE. V. De la manière défaire le Sucre % &' de préparer le Gingembre >V Indigo &leCotton. 115

V I. Des Emplw les plpti h&norables de Habitans Etrangers des Antilles: de leurs Efclavesy & de leur Gou- vernement'. 1 1 9 ¥ I l.De l'Origine des Caraibes Habi- tant naturels du Fais* 145 V- III. Digrejjion contenant vn Abre- , de V H ivoire Natwelle & Mo- rale du Pais des Afalachites, 209' ak T . î . De ï et endm & de la nature du Pais des Afalachites. 210 2,. Deflufieurs rares fwguUritez,iqUï Je trouvent dans les Provinces dep Afalachites. 220 3. Du- Cerf s des Afalachites , & de leurs W&temens. 24 5 De l* Origine des Afalachites & de leur langage. 253 f. Des Willes * & des Villages dep Afalachites y de leurs maifons & deleursineubles. 258'^ é\ Des mœurs des Afalachites. 16 9 7. Des Ocufations ordmmres des" Afalachites. v 27/ %*De 'la Police d^s Afdachites.i% ji

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% ABÊ E. o. Des Guerres des Apalachitès.zjQ- iOi.De la Religion ancienne des Apa- lachites. 2-9 §>

ïi. Comment les Apalachites ont eu1 cohnoïffan<c& d% la Religion Chré- tienne, 3 1 1 1 2a> D^s Mariages des Apalachites^ del 'éducation de leurs en fans > & des maladies aufqueEes ils font fuie t s y & des remèdes dent i/s fe fervent. 330 î 3 . De l'âge des Apdachites> de leur mort y & de leur enterrement. 337 ïlXfDu Corps des Caraïbes et de leurs- Ornemensi ' 3 47 i X. Remarques fu? «là longue, des Ca- raïbes, 374 X I. Du Naturel des Car dik&r>& d& leurs mœurs* yyi XII. De ' la fîmp licite 'naturelle de s Ca* raibes. 40g: XII hDe ce qn on peut nommer lkz\i- gïon pœrwy, les Caraïbes. 421 XIV .Continuation de ce quonpeut ap- peler Religion parmyles Caraï- bes: de quelque s~imçs de leurs Tra- ditions ; & du fentiment qu ils onp d%ï immortalité de famé. 44 2

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TABLE.

X V. Des Habitations & du Ménage des Caraïbes. $6$

X V l.Des Repas ordinaires' des Caraï- bes. 48 & XVI T. Des Occupations & des Di* vertiffemens des Caraïbes. 505 XVHLDfl Traittement que les Caraïbes font à ce qui les vont vi fit er.^ 1 9 X I Xv. De ce qui tient lieu de Police chez, les Caraïbes. 5 3* X X. J)w Guerres des Caraïbes. 545 X X I. Du Train ement que les Caraï- bes font a leurs prisonniers de guerre. f 574. XXI l.Des Mariages des Caraïbes. f 9 2

XX I II. DelaNaiJfance & de VE-

ducat ion des Enfans des Caraïbes 60$.

XXI V. De l'Age ordinaire des Ca- raïbes5 de leurs maladies , des- Remèdes dont ils fe fervent pour recouvrer lafantê> de leur mort*, &dè leurs funérailles ■* 6 1 3 ?

fin de la Table de lTïiftôirc- Morale»

HISTOIRE

VBs&smmsmsm

feto

&$tog* June partie Aetile dcJi. Chri/ioflçauee un Crayon du Çhaftaut de Mie General Fol, t ,

ztelardin- 3LaBaJe cour p La Chapelle et les offices A-lesEfcums I 6 La Tour des munitionï . ?La T%ffe 3'An^ole .

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HISTOIRE

MO RALE

DES

ILES ANTILLES

D E

V A M .E R I QJ/ E.

LIVRE SECOND,

Chapitre Premier.

De l'établijfement des Habit ans Etran- gers dans les Iles de Saint Chrittofle, de Nieves , de la Gardeloupe , de la Martinique}& autres Iles Antilles.

jlHJP Près avoir achevé tout ce qui WM, pouvoit eftre de l'Hiftoire Na- turelle des Antilles , il faut venir à Tom. II. A l'Hiftoi

^^^'^^^^^^MBàmmÊmsi^sm

% Histoire Morale rHiftoirc , que nous appelions Mora-* le, & traiter dorefenavant en toute la fuite de ce Livre , des Habitans cte ces Iles , dont nous avons, déjà fait quelque mention, félon qu'il ett venu à propos , en la defcription que nous avons donnée au Livre précèdent^ de chacune de ces Iles en particulier, Nous parlerons premièrement des E- trangers,ou des Européens» aucât qu'il fera neceflàire à nôtre deiïein. Et puis nous defcendrons , à vne ample ôç particulière considération des Indiés, Habitans naturels du Païs , dont le fujet peu connu > demande vne dedu*- étionde plus longue haleine ,& vne recherche plus exaâe & plus curieu* fe.

Les Efpagnols fe fondans fur la Donation du Pape Alexandre fizié^ me, & fur quelques autres raifons ap- parentes y prétendent que le droit de naviger en l'Amérique, & d'y établir des**Colonies, foit au Continent, foit aus Ilesjeur appartient privativement à tous autres.Mais outre que la vanité de cette arrogante prefomption , fe

découvre

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des Iles Antilles. £

découvre affez d'elle-même, de que ce feroit interrompre le fil de nôtre Hi- ftoire 5 que de nous arrêter icy à vne telle controverfe : le Do&e & curieus Ikrgeron a fi exa&ément traitté cet- te queftion > & fi clairement montré rabfurdité de cette chimère > en fon Traitté des Navigations > aue ce feroit pêne perdue de s'y étendre davantage, &c d'y vouloif'apporter de nouveaus aéclaircifTemens. Auffi tous les Rois ÔC Princes Chrétiens ont toufiours cori- tefté au Roy fd'Efpagne , ce préten- du droit qu'il s'attribuë.Et ils ne l'ont pas feulement combattu par paroles & par écrits: mais encore par les ef- fets , ayant envoyé de tems en tems des flottes en l'Amérique, pour y fai- re des Peuplades, de fe mettre en pof- feffion de plufieurs terres de ce nou- veau Monde 5 particulièrement fe font fignalez les Frâçois,les Anglois, & les Hollandois.

Mais les plus renommées de toutes

les Colonies que ces trois Nations

poffedenten Amérique, & celles qui

font les plus fréquentées des Mar-

A 1 chands-.

4 Histoire Moïialh

chatids , comme étant les plus avan- tageufes pour le commerce^ ce font celles des Ântilles.Les François &c les Anglois,commeon le peut remarquer au premier Livre de cette Hiftoire,y font les plus avancez; & ont en parta- ge les plus grandes Jes plus riches, 8c les plus peuplées de toutes ces Iles.

Il eft aufficonftant^que ces Natiôs en leur établiflement , n'ont pasfuivy les cruelles Se barbares Maximes des Efpagnols, & n'ont pas impitoyable- ment exterminé comme eus, les Peu- ples originaires du païs.Car fi elles les ont trouvez dans les terres qu'elles poffedent * elles les y ont confervez pour la plupart , & ont contra&é al- liance avec eus. Il eft bien vray, que les Caraïbes ont depuis vn long tems de grands differens avec les Ànglois: mais l'origine de leurs querelles vient ide Quelques fujets de mécontente* ment , qu'ils ont receu de quelques particuliers d,e cette Nation , qui eu corps a defapprouvé leur procédé : 8c en toutes rencontres a témoigé qu'elle defiroit , qu'ils faffent traittez avec

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bes Iles Antilles. $ la même humanité , modération., Se douceur Chrétienne , dont les amples Se Aurifiantes Colonies de la Virgi- ne & de la Neuve Angleterre , qui relèvent de fa lurifdi&ior^ont vfé iuf~ ques à prefent , à l'endroit des Habi- tans naturels de l'Amérique Septen- trionale,où elles font établies ; avec léquels elles entretiennent vne fi fain- te,& fi parfaite correfpôdance, qu'elle leur a facilité les moyens , de les in- struire avec vn heureus fuccês,és my- ûeres de la Religion Chrétiene, Se de fonder vn grand nobre de belles Egii- fes>au milieu de ces pauvres Peuples. Sur tout,il efl: tres-averé , que lors que les François fe font établis à la Martinique , à la Gardeloupe , Se à la Grenade, ils l'ont fait parl'agréement des Caciques, & des principaus d'en- tre les Caraïbes , qui ont defavove ceus des leurs, qui ont voulu aller au côtraire;& qui ont employé leurs for- ces & leurs bons avis pour reprimer leurs deffdnsJ& faire entrer les nôtres en la paifible poilèffion , de ce qu - ils leur avoyent auparavant accordé» A 5 Ce

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é Histoire Morale Ce qui iuftifie , que nous ne fommes pas coupables des mêmes violences que les Espagnols* &" que nôtre pro- cédé en l'établiflement de nos Colo- nies auslles^n'a pas eftéfemblable au> leur. Que s'y on nous objeéte que nous les avons chaffez de Saint Ghri- ûofle , & de la Gardeloupe,&: qu'en* core à prefent 3 nous avons guerre a- vec ceusde la Martinique. Nous ré- pondons 3 que lors que nous avons peuplé ces lies ^ nous n'avions autre but , que l'édification & l'inftru£tion de ces pauvres Barbares y & que fi contre nôtre première intentions- nous auons été obligez d'vfer de fe- vérité à l'endroit de quelques- vns5 Se de les traitter comme ennemis^ils ont attiré ce malheur fur eus 3 en violant les premiersjesfacrées loix de i'alian* ce qu'ils avoyent contradtée avec nous y de en prenant des confeils fan- guinaires5 qui euiTent étouffé nos Co- lonies dans leur berceau 3 s'ils n'eut fent efté découverts.

Les Colonies Françoifes & An* gloifc ont eu leur commencement en

même

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&es Iles Antilles, y même tems * c'eft à dire 3 en Tan mil fix cens vint-cinq. Monfieur Des KAMBVc, Gentil- homme François* de l'Ancienne Maifon de Vauderop, & Capitaine entretenu par fa Majefté en la mer du Ponant 3 ôc Moniiear Waernaer, Gentil- homme An- glois ) lequel nos François nommo- yent Monfieur Ouarnard, pour facili- ter la pronontiation du double W^que nôtre langue ignore ) ont en vn mê- me jour pris pofleffion de l'Ile de S. Chriftofle3 au nom des Rois de Fran* ] '

cc,8c de la Grand'Bretagne leurs Mai- yS

tres3 pour avoir vn lieu de retraite af- fûtée^ vne bonne rade pour les Na- vires de r'vne & de l'autre Nation, qui frequentoient en l'Amérique. Cette Ile, ayant tous les rares avanta- ges que nous avons amplement dé- duits au Chapitre qui en contient la defcription 3 étoit fort vifitée des Es- pagnols, qui y prenoient fouvét leurs rafraichiffemens , en allant de en re- ïj'

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tournant de leurs longs voyages. Ils y laifloient auffi quelquefois leurs ma- lades i qui étoient traittez par les In-

A 4 diens J&

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5 Histoire Morale

diens Caraïbes , avec léquels ils a- voient fait la paix à cette condition.

Ces Meffieurs donc confiderant.que s'ils poiledoient cette terre,ils incom- rooderoient l'Efpagnol leur ennemy commun en l'Amérique, ôc qu'ils au- roient vne bonne ôc feure demeure* pour jetter les fondemens des Colc*. nies , qu'ils fe propofoient de drefler en ces Iles^iis s'en rendirent maitres^

6 y laifferent des hommes pour la garder. Mais avant que d'en partir, craignant que les Indiens ne fomen- taient quelque fecrette intelligence avec les Efpagnols,ou qu'en leur ab- fence, ils n'executaflent la refolution, que certains Sorciers , qui font en haute eftime parmy ce Peuple, leur avoient fait prendre dépuis peu , de mettre à mort tous les Etrangers, qui étoient en leur terre : ils fe défirent en vne nuit de tous les plus factieus de ce* te Nation, Se peu après ils contraigni- rent tous les autres qui s'étoient can- tonnez &: mis en defenfe , à fe retirer ailleurs,ôc à leur laifler la place libre.

Après quoy> Monfieur Delnambuc,

s'en

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des Iles Antilles. 9 s'en retourna en France^ 5c Monneur Oiïarnard en Anglecerre^où leur con- quefte 3 5c tout leur procédé furent agréez des Rois;, & la per million leur ayant été donnée d'y faire paiFer des hommes3ils y retournèrent en bonne compagnie 3 en qualité de Gouver- neurs^ de Lieucenans pour les Rois de France ,J5z de la Grand'Bretagne, leurs Maîtres,

Mais avant qae Monfieur Defnam- bue vint cultiver de pourfuivre fa cou quelle y il creut que pour avoir vn puiflant appuy en France.qni prit in- tereft en la confervation de cette Ile3 fous la Souveraineté du Roy, & pour aiïurer 5c avancer ainfi fes deifeins , il feroitbien dedrefTer vne Compagnie de perfonnes d'authorité., qui euïlènt la direction & la Seigneurie de cette Ile y & des autres qu'il pourroit con- quérir 5c foumettre à lobeiflànce du Roy.àcondition quecette compagnie eut foin y & prit à cœur d'y faire paf- fer des hommes pour conferver la terre, & la cultiver :d3y envoyer des EccLefiaftiques > & de pourvoir à leur À 5. entra

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la Histoire Morale entretenement : d'y faire bâtir des- Forts pour lafeureté des Habitans^ &c de les munir de Canons > de poudre, de bouletSjde moufquets^de mefche 8>c de balles: en vn mot d'y entretenir vn bon arlenal 9 pour avoir toujours en nuin^déquoy faire tefte à Tennemy.

Cette Compagnie ou Société , fut établie au raoys d'Oétobrede Tan mil. fix cens vint-fix tant pour l'Ile de: Saint Ghrifioffie y. que pour les adja- centes , & fut approuvée par le Roy: & dépuis elle fut confirmée & favori- fée de nouvelles conceflîons x 8c de très beaus Privilèges obtenus de fa Majefté, le huitième de Mars milfîx cens quarante deus pour toutes les Iles de l'Amérique 3 fituées dépuis le dixième , jufques au trentième degré ai^deçà de l'Equateur.

Monfieur Defnambuc ayant ainfi mis ordre à fes affaires en France , re- tourna à Saint Chriftofle avec trois cens hommes j que les Seigneurs de la Compagnie nouvellement érigée avoient levez5pour jetter les fondemes; de cette Colonie : ilamena auffi plu-

fieursi

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Drs Iles Antilles. m fieurs braves Volontaires > qui te- noient à gloiredefuivre vn fi célèbre Avanturier 3 & de prendre parc dans fes honorables fatigues y fous l'efpe- rance^ de recueillir aufTi en fon tems, le fruit de (es conqueftes. Ils arrivè- rent tous à Saint Ghriftofle au com- mencement du Printems de Tannée mil fix cens vint-fét : & bien qu'ils euifent beaucoup fouffert durant leur voyagea quais fuflènt malades pour la plupart ouaffoiblis, ils ne fe laif- ferent point abbatre à ces rudes épreu- ves : mais fouvenans , que les bel- les entreprifes font toujours accom- pagnées de grandes difficultez,, Ôc que les rofes ne fe cueillent que parmy les épines ^ ils commencèrent des-lors à' mettre la main à l'œuvre, 5c ayans appris dans peu de jours de cens qu'ils avoient trouvé dans TUe3tout l'ordre1 qu'il faut tenir pour défricher les bois y drefler les habitations ^culti- ver la terre , planter les vignes & le Tabac> &pour faire tous les devoirs^, <jui font requis dans les nouveaus éta- biiiremens >** ils fécondèrent les gène-*- A^ (f icû-$*

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n Histoire Morale reus deileins de leur Capitaine , qui les animoit puiilamment par fes paro- les> & parfon bon exemple^

Les partages de l'Ile entre les deus Nations, avoient été projetiez avant ce voyage : mais ils furent conclus &c arrêtez folennellement , le treizième du mois de May en la même année» Car afin qu'vn chacun- put travaillée avec aiïurancetur fon propre fonds, & que les nôtres n'euflent rien à dé- méfier avec les Angiois : Monfieur Oiiamard étant auffi retourné d'An- gleterre * quelque tems avant Mon* iieur Defnambuc,où il s'étoit auffi ap- puyé d'vne Compagnie^qui prenoit la protection de fes entreprifes: ils divi- sèrent entre eus tente la terre de l'Ile, & y poferent les limiteSjtelles qu'elles fe voient encore aujourdny, à condi- tion toutefois^ que la chafle &c la pef- che feroient par tout libres ans Habi- tans des deus Nations > & que les Sa- lines,les bois de prixj.qai font propres à la teinture > ou à menuy fexie > les radeSi& les. mines demeureroient auffi communes» Ils convinrent encore de

certains

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des Iles àntilies. i| certains articles, qui furent agréez 5c arrêtez de part ôc d'autre, pour entre- tenir vne bonne eorrefpondance>pre- venir toutes jaloufies , & éviter tous les fujets de difputes 3c de contefta- lions y qui peuvent ai ment naiftre> entre des Peuples de différentes hu- meurs.Ils firent auffi enfemble vne li- gue defenfive>pour s'entre-lecounr au befoin> & le prefter main forte i pour: repoufler Tennemy commun 3 &c qui- conque voudroit troubler la paix de le reposaient ils efperoient de jouir par enfemble* en cette aimable terre> qui leur était écheuë en partage*

Après ces chofes, les deus Gouver- neurs travaillèrent à Tenvy ., à l'affer- mi lieraient & à l'ornement de leur Co- lonie, Mais il faut avouer , que les Ànglois eurent de très-grands avan- tages par deflus les François, pour fa- ciliter ôc côduire à chef leurs deifeins» Car outre que cette Nation-là^qui eft née au fein de la Mer>fupporte plus fa- cilemét que nousjes fatigues des vo- yages de long cours>& qu'elle s'entêd mieux à faire de nouvelles Peuplades^

La

14 Histoire Mo raie La Compagnie qui fut établie à Lon- dres 3 pour la direction de celle de Saint Chnftofle, pourveut fi gene- reufement à ce qu'elle fut afliftée dés fa naiiïanceyd'hommes>& de vivres>5 qui écoient neceflaires pour leur fub- fiftance, jufques à ce que la terre leur en eut produit^ elle eut tant defoins,, que de teins en terns elle fut rafrai- chie de nouveau fecours > & de tou- tes les chofes dont elle pouvoit avoir îkfoin dâs cescommencemens>qu'el- le profperoit & s'avançoit à* veuë* d'œil, pendant que la nôtre, qui étoit dépourveuë de toutes ces affiftances, nefaifoit que languir, & mêmefe fut facilement écoulée > fi l'arTedion qu'elle avoit pour ion chef , & la haute eftime qu'elle avoit conceuë de- fa valeur y ne l'eurTent entretenue -à- fa dévotion 3 & liée tres-étroitement/ à fonfervice.

Pendant donc que nôtre Colonie- fouffroir toutes ces foibleffès:>& qu'el- le ne fucfiftoit que par fon coura- ge > cdiedcs Anglois profitant de fes fcsco; 9>m gouiîa vik; nouvelle dans

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DES II es An TII LE s. 15 file deNiéves , qui n'eft feparée de Saine Chriftofle,que par vn petit bras de mer,eomme nous l'avons dit en fon lieu. Mais fi ce petit nombre auquel nos gens étoient réduits, ne leur per- mettoit pas de faire de pareils pro- grez|3 Moniteur Defnambuc s'étudioit en recompenfe de les affermir , ôc de les policer par plufieurs beaus Regle- mens,dont nous coucherons icy quel- ques-vnsdes principaus articles , afin que la mémoire en foit precieufement confervée ,. pour Tinfiruftioii de la pofterité.

En premier lieu , par ce que par la paix ôc la concorde ,. les plus petites chofes s'accroi{ïènt,& que la divifion fait écouler,& évanouir les plus gran- des : Il vouloit que tous les Habitans^ de nie^qui reconnoiffoient fon auto- rité, confervaflent entre-eus vne très** parfaite vnion, laquelle il leur recom- mandent en toutes occurrences, com- me la colomne de leur petit Eftat, Ôc le facréCanal d'où toutes fortes de be- nedi<5tions du Giel 3c de la Terre, dé- couleraient abondamment fur eus. Et:

d'autanec

^^asa^s^assEs^

ï£ Histoire Morale d'autant qu'il eft impoffible, que dans la converfation mutuelle il ne fur- vienne beaucoup de chofes y qui fe- roient capables d'altérer fouvent cecte aimable corrcfpoudançe, s'il n'y écoit promptcment pourveir.il defiroit que îemblables diffèrens fuffent auplûtoiî terminez avec douceur > ôc même avant le coucher du Soleil > s'il étoit poffible.

Il leur ordonnoit d'eftre loyaus, ronds, & jinceres dans toutes leurs affaires > d'eftre courtois & fecoura- bles envers leurs voifins > &C de tenir auffi religieusement U parole qu'ils avoient donnée 5 que fi elle eue eflé rédigée par écrit* &c receuë par devant des Notaires.

Afin que le travail trop affidu de leurs habitations , ne leur fit oublier le métier de la guerre r ou que leur courage n»e fe ramollit dans le pro- fond repos* & qu'au befoin ils fçeuC- fent manier les. armes §£ s'en fer vir avec dextérité * il vouloic qu'ils en ifiiTen t fouvent les exercices x qu'ils; sy feÛbanaffeiit félon les règles de ia

difciplin^

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bes Iles Antilles. 17 difcipline -militaire, Se bien qu'ils EL fenc cous profeffion de cultiver la terre , qu'ils euffent la grâce Se l'air genereus des Soldats , Se qu'ils en portaient en tous tems les marques Se tes4ivrées,ne forçant jamais de leur quartiers fans arme à feu^oudu moins fans avoir Pépée.

Que s'il les formoit en cette forte» afin qu'aus occaiions ils fiffent paroi- tre leur valeur, &leur courage à l'en- droit des ennemis j il les obligeok d'ailleurs ,d'eftredous & humains les yns envers les autres j Et il ne pou- voit fouffrir 3 que les plus forts fou- lairent les plus foibles. C'eft pourquoy il fit cette belle ordonnance , laquelle eft encore en vigueur dans toutes ces Ilcs,a(ïavoir,que les maitres ne pour- roient engager leurs fervitems que pour $.ans,durant léquels ils feroyent tenus de les traitter avec toute mode- ratio & douceur* & de n'exiger d'eux qu'vn fervice raifonnable,& propor- tion é à leuis forces.

Ses foins s'étendoient notam- ment à l'endroit des nouveaus venus,

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saHfflaB^Es^ssass^ssg^

ï8 Histoire MoRAtÉ & afin que dés leur arrivée ils eulfètïf dequoyfe mettre à couvert des iniu- res ; 4eTair, & que leur travail ne fut point retardé à faute de logemens , il defiroit5qû'anffi toit que la place qu'ife avoientdeftinéepour faire leur bâti- ment étoit découverte , tout le Voifi- nage les aidai à l'élever. Cette loua- ble ïnftitution fut fi bien receue,& fi fbignedlmeac puttiquée, qu'il n'y avoit aucun des Habitant qui n'en re- connut l'équité, ôc qui ne tint à bon- heur dans ces occafions, d'y iôtribuer volontairement fes péne^ & fes foins. Les yns alloient couper les bois qui étaient neceflfaires , les autres couro- yent aus -rofea«s3& aus feuilles de palw mes,pour faire les palifiàdes & le cou- vert 5 les meilleurs Archite&es plan- toyent les fourches.élevoyent les che- vrons , Se attachoient la couverture,, &ils étoient tous dans vn fi aimable empreflement s que le petit édifice fe trouvoit logeable dans peu de]ours,> fans que le propriétaire eut befoin de fe mettre en aucun fraiz , qu'à pour- voir unt feulemetia.ee que la boiilbn

©rdinaira

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BES IlES AtfTIILES. If

ordinaire du pais 9 ne manquaft point durant ce travailla ces charitables ou- vriers.

Enfin il avoit en horreur les paref- feus> qui vivent de la fueur &du tra- vail d'autruy, comnieles Bourdons du miel des Abeilles \ mais pour ramener en nos jours, vne petite image du fie- cle d'or^qui eft tant pnfé des Anciens,, il incitoit tous les Habitans à eftre li- beraus , communicatifs des biens que Dieu leur avoit departjr y & à témoi- gnée leur charité de leur Hofpitalité* envers tous ceus qui les venoient vi- fker,afm qu'à l'avenir , on ne fut pas obligé d'établir parmy eus des Hofte- leries , des Cabarets ôc de fembkbles lieus de débauches, qui ferviroient de retraite aus oifeus 8c ans diiïolus 3 8c qui attireroient la defolation de l'en- tière ruine delà Colonie.

Cependant que Monfieur Defnam- buc regloit fi fagement fa petite Ré- publique^ qu'il l'entretenoit de Tef- peranced'vn prompt fecours-, les Sei- gneurs de la Compagnie, imitans le naturel de plufieurs de nôtre Nation,.

qui

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to Histoire Moïiale qui voudroient moiiîonner inconti- nent après les fémailleSj étoyée de ieu^ part , dans vue continuelle attente de quelques Navires chargez de tout ce qu'il y a de plus riche^ck de plus pre- cieus das l'Amérique, pour remplacer avec vfure,ce qu'Us avoient déboursé, pour faire le premier embarquement* & jufques à ce que ce retour fut arri- vées ne penfoient à rien moins,qu'à fe mettre en de nouveausfraiz. Mon- fi_ur le Gouverneur, ayant remarqué que toutes les Lettres qu'il avoic en- voyées à ces Meilleurs fur ce fujet, n'avoyent point obtenu de réponces favorables,fe refolut avât que la Co- lonie fut réduite à vne plus grande ex- tremité,de les aller trouver en perfon- ne,&: d'entreprédre vn fecôd voyage, pour folliciter ce fecours^duquel dépé- doit la feureté de leurs premières a vi- ces , Se la fubfiftance des François en cette Ile- Ce bon deffein , que le zèle qu'il avoit pour la gloire de nacre Na- tion luy avoit infpiré,reu-ffit félon fou cœunCar étant arrivé à Paris,il fçeut fi bien reprefenter l'importance & la

neceflué

^*°^à)Xïrf^i\^r*>K^

des Iles Antilles. n neceffité de ce fecours à Meffieurs de la Compagnie, qu'ils luy accordèrent 300. hommes , &des vaifleaus munis de toutes les pLovifions neceflaires, pour les rendre à Saint Chriftofle.

Ce renfort tant attendu de nôtre Colonie , luy arriva heureufement au commencement du mois d' Aouft > de Tan 1629. & elle le reçeut avec tant de joye & de fatisfactiô^qu'clle s'ima- ginoit d'eftre parvenue au comble de lis fouhaits, ôc que dez lors elle pou- voit furmonter aifcment > tout ce qui voudroit traverfer l'exécution de Tes projets. Mais comme les profperitez de cette vie font de courte durée^à pê- ne s'étoitelle égayée deus mois en la pofleflion de ce bonheur,qu'vne puif- fante Flotte d'Efpagne vint fondre fur elle.Dom Federic de Tolède qui la cô- mandoit^avoit ordre exprés avant que de defcendre à la Hav annexa Cartage- ne>& aus autres plus célèbres ports du fein de 1' Amerique3de s'arrêter à Saint Chriftofle5& d'en chaflTer les François & les Anglois5qui s'y étoient établie dépuis peu d'années.

Cette

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&z Histoire Morale

Cette armée navale, qui étoit cotn- pofée de vint-quatre grands Navires de charge , & de quinze Frégates * fe iaifit pour premier ade d'hoftilité de quelques Navires Anglois qui éto- yent à l'ancre prés de l'Ile de Niéves, puis elle vint mouiller à la rade de S* Chriftofle , à la portée du Canon de la Baffe ~Terre3où Monfieur de Rolfey commandoit. Les fonts des deus Co- lonies > n'étoyent pas encore en état pour foùtenir vn fiege^ils étoyent dé- pourveus de vivres , toutes les muni- tions de poudre &c de baies 5 qui fe trouvoyent dans l'Ile > ne pou voient pas faire de grands effets , & quand les deus Nations eulfent vny toutes leurs forces, elles n*eufTent pas pu re- lifter à vne ii redoutable armée : mais leur courage fuppleoit à tous ces dé- fauts; car afin que l'ennemy n'eut pas fiijet de fe glorifier d'eftre venu à bcut de fes defieins > fans quelque oppofi- tion -, Monfieur Defnambuc, détacha du quartier de la Cabes - terre il commençoit de fe fortifier , tous fes meilleurs foldats^pour aller au fecours

de

©es Ixes Antilles. i$ de celuy qui étoit menace,& les An- giois y firent pafler quatre de leurs meilleures Compagnies. Aufli tôt que ces troupes furent arri- vées au rendez-vous, jelles s'employè- rent (Tvn GÔmun accord avec les Ha- bit an s du quartier , à fe retrancher le long de la cofte , pour repouflèr vu goureufement i'ennemy 3c luy con- céder la defeente, & fans doute, elles luy euflent bié dôné de la péne,fi elles eufsêt efté bien cômandjées,& que cet- te premier? ardeur n eut efté ralentie, par la frayeur qui faifit tellement le cœur de Môiîeur de RofTey,qu'iI l'eue laillé mettre pied à terre , & venir aus approches fans aucune refiftance , fi. vn jeune Gentil-homme , Neveu de Monfieur Defnambuc , frère aifné de Monfieur du Parquet , qui eft à pre- fent Seigneur & Gouverneur de la Martinique, n'eut obtenu la liberté de palfer les retranchemens,& de donner fur la première Compagnie des enne- mis qui parutTur le fableJljfut foute- nu de quelques Volontaires,qui vou- lurent avoir part à fa gloire,mais il les

devança

»^W\^*r^\»^Vg«J^S

24 Histoire Morale devança tous de beaucoup en courage 3c en refolution , car il attaqua avec tant de vigueur celuy qui conduifoit la troupe, qu'il le tua & plufieurs autres des plus vaiilans de fa Compagnie, qui eurent raiïïirancede vouloir é- prouver fa valeur; mais étant abandon de ceus qui l'avoient fuivy en cette méfiée ., il fut tellement invefty de la multitude 9 qui venoit fondre fur luy, qu'enfin il fut abbatu & emporté dâs IVn des navires des ennemys^où après tous les devoirs qu'on fie pour le gué- rir de fes bleflurcs, il mourut au grand regret de Tvn & de l'autre party , qui avoit été témoin de fa generofité 5 ôc qui ne pouvoitfe rafler de luy donner tous les plus beaus éloges^que fa ver* tu avoit mérités.

Durant ce choc , qui devoit eftre foutenu vn peu plus vigoureufemenc des nôtres 5 le General de la Flotte3fit détacher en vn mêmetems^de tous les Navires de grandes Chaloupes rem- plies de Soldats bien armez , qui dépendirent en fort bon ordre, ■& couvrirent la rade.Ceft ce qui redou- bla

«BWMEaw^wagwiB^^

des Iles Antilles^ z$ Ma l'epouvaiïtement de Monfieurde RofTey y qui de peur d eftre opprimé de cette multitude, fot d'avis de céder à la force > & de faire vne honorable retraite , avant que les nôtres furent invertis & envelopés de tous cortez. Cette refolution prife tumultuaire- ment,fût fort mal receuë de tous ceus qui étoyent jalous de la gloire de no- ftre Nation , & qui enflent defiréquc rennemy eut acheté vnpeu plus chè- rement le degaft de leur Colonie: mais les fuffrages que l'épouvante- raet fuggeroit en cette fatale conjon- cture ayans prévalu, il fut arrêté qu'à imitant même ,' on prendroit le che- min de la Cabes-terre , & que on aviferoit plus amplement à tout ce qui ieroit jugé neceffaircpour le fabc commun,

L'Efpagnol voyant que nos gens

abandonnoyent leur Fort , & leur re- tranchement, fans avoir fait beau- :oup de refiftan.ee, crut que cette re- faite n'étoit qu'vne feinte , qui ctoie ménagée à deiïèin de l'attirer dans îuelqae embufeade , qu'on luv âvolç Tm* U> B dreffée

%G Histoire Morale dreffce dans les bois. Ce foupçon3qui étoit appuyé far quelques apparences* le retint de pourfuiyre fa vi&oire 3 &C l'arrêta ,au quartier de la Baffe-terre^ jqfques à ce qu il eut apris au vray l'état de toute Plie a & qu il eut pour- veuà tout ce qu'il trouverait eftre le plus expediét* pour exécuter prora- ptement &: fidellement tous les points de fe çommiffion.

Pendant que i'ennemy prenoit ainfi fes mefures* pour conduire à chef fes deffeins , fans fe mettre en danger: Monfieur Defnambuc furpris d'vn fi fubit changement , & d'vn fuccés fi ïnefperé , tâchoit de raffurer les fiens, Se de les encourager à porter con- ftamment cette difgracedeur remon- trant qu'elle n'étoit pas irrémédiable;" que l'eiinemy ne s'opiniatreroit pas à demeurer dans l'Ile, jufques à ce qu'il en eut entièrement ehaffé les Habi- tans : qu'il avoit des affaires de plus auand poids , qui l'appelloyent ail- leurs : qu'il ne s'engageroit pas faci- lement dans les forets , qu'il luy fau- droit traverfer de neceffité.pour venir.

des Iles Antui.es. Xj a ion Quartier: qu'ils pouvaient s y mettre en bonne defenfe, pour foute- nir [es effortSj& luy faire marquer de Ion lang cette invafion, s'il entrepre- noit de palier outre; & qu'en ce cas,il y avoir même en chemin des endroits fi forts de nature, que peu d'hommes le pourroyent arrêter , & le contrain- dre de retourner fur fçs briféès.

Ces avis étoient tres-)u.dicieus:mais a terreur avoir tellement préoccupé les efprits, & la confternation étoit ii générale qu'ils ne furent point pe- lez félon leur mérite. L'affaire étant donc mife en délibération, la conclu- iionfut, qu'on abandon neioit M«4 Se que la Colonie fe tranfporterok en quelque autre^qui ne donneroit point tant d'ombrages à l'Efpagnol , & qui ieroit plus écartée delà route ordi- naire de fa Flotte. Monfieur Defnam- buc, qui prevoyoit que quelque cou- leur qu'on pût donner à cette réfec- tion , elle feroit notée de quelque lâ- chete , qui flétriroit l'opinion qu'on avoit juftemét conceuëde la valeur des François , & étouferoit en vn inftanc B z ces

i8 Histoire Morale ces grandes efperances , qu'on avort eues de leur Colonie , ne pût point eilre pcrfuadé d'y donner fon appro- bation. Neantmoins, encore qu'il fut S'y ri fentiment tout contraire , pour ne point abandonner dans cette trifte rencontre, ccus qu'il avoit amenez de fi loin , & avec qui il avoit parlé tant de mers , Se eiîuyé tant de périls i il s'accommoda à leur' humeur, & s'em- barqua avec eus dans quelques navi- res qui fe trouvèrent à la rades & ainfi pour éviter vn plus grand defordre, en fe furmontant foy même, il témoi* gna qu'il oublioit genereufement le peud'eftime qu'ils faifoyent de fes re^- montrances.

Les Quartiers des Ânglois étoient auffi dans vn grand des- ordre,ils avo- uent apris quel'ennemy étoit maître de toute la Baffe-terre : qu'il ruinoit la Fortereffe des François,apres en avoir enlevé le Canon : qu'il avoit déjà bru- toutes les cafés, & fait le dégaft des habitations du quartier, ils çroyoient à chaque momçnt,qu*ii venoit fondre fur eus avec toutes fes forces, &c dans

cette

jDes Iles Antilles. 29 cette apprehenfion les vns effayoienc de fe fauver par mer ou de fe retirer for les montagnes,pendant-que les autres, qui étoyent vn peu plus courageus; furent d'avis d'envoyer des Députez à Dom Federic, pour le prier de vou- loir entendre à quelque accommode- ment : mais pour toute réponfe , ils receurcnt vn commandement exprés defortir promtement de l'Ile, ou qu5- autrement ils feroyent traittez avec toute la rigueur ,dont les armes per- mettent d'vfer à l'endroit de ceus, qui s'emparent contre tout droit, du bien qui ne leur apartient pas.

Pour faciliter ce départ que Dom Federic leur ordonnoit,on leur rendit félon fes ordres les Navires, que fa Flotte avoit pris devant l'Ile de Nie- ves,& il voulut qu'ils s'y emb.irquaf- lentfans aucun delay, & qu'en fa pre- fence ils fiffent voile vers l'Angleter- re. Et parce que ces vaiifeaus ne pou- yoient pas contenir vne fi grade mul- titude , il permit à tous ceus qui n'y purent pas avoir place, de demeu- rer dans .Me, iufquesàce qu'il fe B 5 ' prefentât

jo Histoire Morale prefentât vne occafion favorable^ pour fuivre leurs compagnons* Aptes cette expédition , Dom Federic fit le- ver l'ancre à fes Navires pour conti- nuer leur voyage : mais incontinent que les Ânglois qui étoyent reftez eu- rent perdu de veuë cette fiotte^iîs co~ ttfencerent àfe rallier>& àformet vne confiante refolution > de relever cou- rageufement les ruines de leur Color nie.

Pendant que ces chofes fes paiïo- yent à Saint Chtiftofle > les François qui en étoyent fortis au commence- ment de cette déroute 5 avoyent tant enduré fur mer > à caufe du manque- ment de vivres & des vents contrai- res, qu'ils avoyent été contrains de relâcher aux Iles de Saint Martin 8c de Mont-ferrat > après avoir vifué'en paflant celle d'Antigoa. Ils enflent bien fouhaitté de fe pouvoir établir en quelcune de ces terres : mais elles ne fembloyent que des affreus deferts^en comparaifon de celle qu'ils avoyent quittée.Sa douce idée repalîbit incef- {ammltdevat leurs yeus, ils la regret-

soient

£es Îles Antilles. 51 Éoient à chaque moment,& l'aimable fouvenir de cet agréable fejour , la Providence Diuine les rappclloit par des voyes qui leur étoienc inconnues* leur fit naiftte le defir de s'informer de l'état auqttel l'Efpagnol l'avoit laif- fé,puis qu'ils en étoycc-fi voifins.Pour contenter cette louable curiofité , Us firent pafler i'vn de leurs Navires^qui leur rapporta à fon retour^que la Flot- te ennemie s'étoit entièrement reti- re'e.,& que les Anglois qui y étoient reftez, travailloyent courageufement à rebâtir leurs cafés, à planter des vi- vres & à reparer leurs defolations.

Cette agréable nouvelle refufdta en vn inftant toutes les efperances de nos Françoise releva glorieufement le courage des plus abbatus : de forte qu'il ne fallut pas employer beaucoup d'artifices^pour les animer au retour, & pour leur perfuader de fe rendre en toute diligence en cette delicieufe ter- re x qui poflèdoit déjà leurs cœurs ôc toutes leurs plus tendres affeclîons.

Auffi-^oft qu'ils y furet arrivez,cha-

eun reprit fon pofte ôc retourna fur fa

B 4 place^

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32. Histoire Morale placera bonne intention de s'y âffetv mil y, de à'en relever promtément le débris : Mais la famine qui les talorï- noit 3 eut fans doute interrompu le cours de tous ces beaus deireins3& ils fuflent fuccombez fous le faiz des pe~ fans travaus qu'il leur falloit entre- prendre en vn même tems^pour rebâ- tir leurs maifons s 8c planter des vi- vres 5 fi dans ces excremitez fi preflan- tes3 Dieu ne leur eut fufeitéle fecours de quelques Navires des Provinces*- Vmes^qui les vinrent vifitervà la bon- ne heure 5 Se ayant reconnu leur trifte état 3 les affilièrent genereufement de vivres^ d'habits* & de toutes les ch-o- fes qui leur étoient neceifaires dans ce grand abaiidonngment ils le trouvoienc réduits : &c même pour leur faire la faveur toute entière,, ils fe contentèrent de leur fimple parole, pour ailurance de toutes ces avan- ces.

Nos gens détails tirez doucement à Fayde de ce fecours > hors du mau- vais pas ou ils fc voyoient accrochez,

dez

des Iles Antilles. àez rentrés -de leur retabiiiïenient, travaillèrent en fuite avec tât d'ardeur en leurs habitations, que Dieu benif- fant l'œuvre de leurs mains ,. la terre leur produifit des vivres >&c du Tabac en fi grande abondance , qu ils con- tentèrent avec honneur leurs charita- bles Créanciers» & en peu detems ris fe trouvèrent beaucoup mieus accom- modez, qu'ils n'ëtoicnt avant leur de- route. Mais il leur failoit encore des hommes pour appuyer leurs entre- prifes, & entretenir le commerce,qui commençait à s'établir parmy eus, Pour remédier à ce befoin , Mondent Delnambuc 4 qui voyoit fa confiance couronnée d'vn fi henreus fuccés, ne trouva point de pius feur b ni de plus dous expédient 5, que de permettre aus principans. Habitans de la Colonie d'aller en France , pour en lever j, & les y amener à leur propres fraiz. Ce fageconieil ayant efté fuivy y l'Ile fe peupla en peu données -Je plufieurs braves hommes ,qui Unirent en &&. putatiom-

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34 Histoire Morale

La Colonie Angloife répara auffë en peu de tems toutes les brèches que le ravage de l'Efpagnol luy avoic faites* Et la Compagnie de Londres qui s'était chargée de fa direction > ne & laiïant point de luy envoyer des ïiommes & des raffraichiiTemens , les deus quartiers quelle occupoit dans rijle de Saint Chriftofle,fe trouvèrent fi étroits pour contenir vue fi grande inuititude > qu'outre l'Ile de Nieves qu'elle avoit peuplée avant la déroute, elle eut ailés de force pour pouffer en moins de 4-ans des nouvelles Peupla- des dans celles de la Barboude , de Moc-ferrat, d' Antigoa ,& de la Barba- de5 qui s'y font merveilleufement ac- crues, &C fe font rendues fameufes par le trafic des riches Marchâdifes qu'el- les fourniffentr & par le nombre de leurs habitans,comme il fe peut voir, par les deferiptions particulières que nous avons données de ces Iles 3 au commencement du premier Livre de cette Hiftoire.

Pour ce qui eft des Colonies Holla* doifes aus Antilles , elles ne content

leur

u^^^waws^^^v^^^a

des Iles Antilles. 35 leur établiifement qu après celles des Frâçois Se des Anglois.Et cen'dtpas l'Etat qui a fourny aus frais, mais des Gopagnies particulières de Marehîds, qui ont defiré, pour faciliter le com- merce qu'ils ont en toutes les Ucs.que les François & les Anglois occupent, d'avoir des places de retraitte afîurée pour rafFraichir leurs Navires.La plus ancienne de ces Colonies^qui relevét de la Souveraineté de Meilleurs les Etats Generaus dès Provinces-Vnies eft cellede Saint Euftache.Elle fut éta- blie environ le même tems,que Mon- fieur Oiiarnard forma celle de Mont- ferrat,c'eft à dire-en Tan i^2.Elle eft confiderable, pour eftre en v-ne place tres-forte dénature; pour le nôbre ôc h qualité de fes Habicansrponr l'abon- dance du bon Tabac qu'elle a produit juiques à prefent:& pour plujîeurs au- tres rares avantages.dont nous avons de]a parlé, au Chapitre cinquième da Livre précèdent.

Monfieur Defnambuc n'avoit pas

moins de paffion, ni de generofité que les autres Nations pour étëdre fa Co-

È 6 ionier

3<j Histoire Morale lonie : mais n'ayant pas efté fecourir comme il eût efté requis dâs cescom- mencemens^ & fes delïèins ayans efté fouventifois traverfez de plufieurs fa* cheufes rencôtrcs,il eut ce dépiainr^de voir plufieurs belles lies occupées par d'autres5avant qu'il fut en écat d'y pré» dre partj& de pouffer fa côquefte hors des limites de Saint Chriftofle.il avoic dépuis vn long-tems jette les yeus fur l'Ile de la Gardeloupe y comme étanr F v ne des plus belles & des plus grades de toutes les Antilles^ mais au même înftant qu'il fedifpofoit pour y envo- yer des homesjil fut prévenu par Mo* fleur de L'Olive , Tvn des principaus habitans de fa Colonie^qui pendât vn voyage qu'il avok fait en France pour fes affaires particulières ,s'affocia avec Monfieur du Pleffis> 'M quelque Mar- chands de Dieppe pour y établir vne Colonie 5 fous la commiflion des Sei- gneurs de la Compagnie des îles de l'Amérique.

Ces deiis Gentils-nom rnes^étanséta- Mis Gouverneurs de la Gardeloupe avec égale autoricé,y arriveréè le vint-

huitième-

z>is Iles Antiiies*. fj huitième de Iuin > mil fix cens trente cinq5arec vne Côpagnie de cinq cens' hommes,qui furent accueillis dez leur arrivée de la famine y & de diverfes maladies3qui en enlevèrent plufkurs, On tient^que te premier de ces maus leur furvint > pour s'eftré placez d'a- bord en des endroits^où la terre étoit la plus? ingrate ôc la plus mal-propre au iabourage.qui fût en toute nie*, & pour avoir entrepris trop légèrement la guerre cotre les Caraïbes Original res du lieu.qui leur ënffeftt pu fournir en toute abodâce la plupart des vivres^ qui étoient neceffaires pour leur fub- fiftance dans ces Gommencemens^uf- ques à ce que la terre leur en eût pro- duit. Les maladies fuivirent les mau- vaifes nourritures.que la faim les cô- traignoit de prendre^ faute de chofes meilleures: àquoy on peut auffi ajou- ftcr.que la terre n'étât pas encore dé- frichéerla(r y- étoit facilemétcorrépu, Monfieur du Pleffis voyant les malheurs qui de jour en jour fon- daient fur cette nouvelle Colonie, & ayant tout fujet d'en appréhender

encore

0 HisToms Morale encore de plus grands à l'avenir , en eonceut vntel déplaifir, qu'il mourut dans le fettiéme mois après fon arri- vée. Il fut regretté de tous les Fran- çoisQ .& même des Indien s> qui avo- yent toujours témoigné beaucoup de déférence à fes fentimensj & d'amour ëc de refpeâ: pour fa perfonne. Il é- t?oit d'vnip grande prudence v& d'vne humeur fi affable & fi obligeante* qu'il attiroit les cœurs de tous ceus qui traitoient avec luy.

Apres decés de Monfieur du Plef- fis , Monfieur de l'Olive s'empara de; toxït le Gouvernement 5 &c comme il étoit autarrt remuant , que fon Collè- gue avoit efté dous & modéré , il dé- fera tant aus confeils violens de quel- ques broiïillons,qui robfedoient con- tinuellement à qu'il fit bien tôt après entreprendre cette guerre funefte contre les Caraïbes, qui penfa ruiner cette Colonie naiflante. Il eft vraysi qu'il les prefla d'abord fi vivemét3qu'- illes obligea de luy quitter l'entière pofieffion de la Gardeloupe.Mais d'au> talque pour venir à bout de ce deffein

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des Îêes Antilies. $jp qu'il avoit formédés fon arrivée,'il fe fouilla de plufieurs cruautez , que les* Barbares n'euflent pas voulu exercer à l'endroit de leurs plus grands enne- mis, il flétrit tellement fa gloire 5c fa réputation qu'il n'y avoit que des gens de fang, & des defefpérezAqui aprou- vaiîènt fa conduite.

Les Caraïbes , que Monfieur de rOlive avoit chaflez de cette Ile , fe retirèrent en celle delà Dominique» Geus de la même Nation qui la pof- fedent les receurent fort volontiers, & pour leur témoigner, qu'ils étoient fenfiblement touchez de leur difgra- ce, ils leur prefenterent de fe joindre avec eus , pour vanger par les armes l'injure qui leur avoit efté faite , cette offre étoit trop avantageufe,pour eftre refufée. Leurs forces étant donc ainfi; vnies y ils firent plufieurs defcentes à la Gardeloupe H & s'opiniâtrerent tellement à harceler les nacres , par les fréquentes incurfio-iis qu'ils fai- foient fur eus,qu'ils étoient contrains d'abandonner h culture du Tabac, même des vivres qui étoiet neceflaires

pour

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Histoire Mo raie pour leur iubfiftance, afin d'eftre torr- jours fous les armes , pour repoufler les efforts , prévenir les ruies , Se éventer les defleins de ces ennemis-, qu'ils a voient attirés fur eus par leur imprudence.

Cette cruelle guerre y qui dura en- viron quatre années,redui(it cette Co- lonie en vn ii déplorable état , qu'elle étoit décriée par tout,& à caufe qu'el- le avoit fi fouvent les Caraïbes fur le bras , on la croyoit à la veille de fa ruine , mais comme elle étoit réduite aces extremitez,Monfieur de l'Olive perdit la veuë , & Meffieurs de la Compagnie y envoyèrent Monfieui; Auber pour Gouverneur, qui remédia- à tous cqs defordres , appaifa tous les troubles , & y apporta cette bonne paix 3 qui y attira' puis après le com- merce , & l'abondance de toutes cho- fes, comme nous le dirôs au Chapitre troisième de cette Hiftoire Morale,

Incontinent que Monfieur Defnanl- buc eut fçeu, que la Gardeloupe écôk feabitée , iirrefolut de ne pas différer davantage à fe placer dans queîqu'v-

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ï?es Iles Antilie-s. 41 ne des meilleures lies, qui écoient en- core à ion choix , & de peur d'eftre encore vne fois fnppîanté s fe voyant àffifté d'aflez bon nombre de vaillans hommes , de pourveu de toutes les munitions de guerre > ôc de bouche* qui lont néceffaires en ces entreprifes* il alla luy même prendre poffeiïion de l'Ile de la Martinique ^ en laquelle il mit pour fon Lieutenant Monfieur du Pont,.& pour premier Capitaine3M6- fieur de la Vallée.Puis mourant à Saint Chriftofle5il donna par fon teftamenc tous les biens > 8c tous les droits^qu'il avoit à la Martinique, laquelle il avoit fait peupler à (es fraiz, à Monfieur du Parquet ion Neveu y qui en eft enco- re à prefent Seigneur & Gouverneur comme nous l'avons déjà dit.

Ce Gentil-homme écoit vaillant, digne de commander 9 accoftabîe, fa- milier à tous & doué d'vne grande adrefTe à fe faire aimer 3c obéir tout enfemble. Les Anglois mêmes le ref- pe£boient& le craignoient également. On recite de luy , que ces Anglois, ayans outrepaifé tant foie peu les limi- tes*

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4% Histoire Morale tes j qui par vn commun accord aV'o-- yen* eftépofées encre les deus Natios* il alla avec bien peu de fes gens an quartier des Anglois>& parla au Gou- verneur 3 qui l'attendoit avec vne grofle Compagnie de Soldats : Mai£ il fe comporta avec tant de courage &c de refolution >mic en avant de fi bon- nes raifons>& fit de fi puiîïàntes me- naces de venir à bout par la fbrcer de ce qu'il ne pourroit obtenir par la douceur>q*te le Gouverneur Anglois, luy accorda ce qu il demandoit. Cet- te rencontre prouve combien il étoit jalous- de conferver les droits de fW Nation. Dépuis ces deus Gouverneurs furent toûjpurs bons amys^

CHAPITRE IL De ÏEfiablijJement des FrançoU dam 'le sj le s de Saint Bartele- myy de & Martin^ é> de Sainte Croix.

A Prés le decés de Monfieur Def- nambucr duquel la mémoire eft

en

DES IeES ÂNTrLLE&. £f

en benedidrion dans les Iles 3 Mon- fieurs du Halde>qui étoit fon Lieute- nant au Gouvernement* fut fait Gou- yerneur en chef par Meilleurs de b Compagnie des Antilles. Mais com- me peu de tems après il fe fût retire- en France , Monfieur le Cardinal de Richelieu :r premier Miniftre d'Etat*-. duquel la prévoyance s'éténdoit aus lieus les plus éloignez yiugea que c'é- tait vne chofe digtiedefes foins 3 de prendre à cœur la côfervation, <k l'ac- croiflement de cette Colonie en TA- merique > & que de là, la gloke du jaom Françoise les armes viftorieu* fes de nôtre invincible Monarque^ pourroient s'étendre par tout ce nou- veau Monde 3 comme elles éclatoient magnifiquement en celuy-cy. Il défi. ra pour cet effet que les Iles fuflent pourveuës d'vn Gouverneur* qui pût féconder & exécuter fes genèreus def. feins.Et après avoir cherché par tout* vn Seigneur capable de cet employa & doué de la conduite*de la fageil?*de kgenerofité,& de l'expérience necef- faire à vne fi grande charge : En vn

mot5)

v=%*ssm*.

i^^^\^*^\*V£cr^

44 Histoire Morale mot, qui eut cous les avantages de l'v- ne & de l'autre Noblefle, pour répre- fenter dignement la Majelié du nom François cnvn paï; (i éloigné , foii Eminence n'en trouva point qui tut toutes ces rares qualitez , en vn plus haut degré,que monsievr le Che- valier DE LONV1LLIERS POIN- CY , BA1LLY ET GRAND CROIX DE L'ORDRE DE S. lEAN DE Ifi-

RV salem. Commandeur d'Oyfe- mont, & de Couleurs & Chef d'Efca- dr€ des Vaiffèaus de fa Majefté en Bretagne , Gentil-homme de fort an- cienne Maiion , qui porte le ncmde Poi nc y,& dont l'aifné fait fa demeu- re en Pvnede fes terres,proche la Vil- le de Meaus.

Monfieur te Cardinal prefenta cet excellent'Getitil-hôme au Roy Louïs treizième de glorieufe mémoire, qui louant Se approuvant ce bon choix, Tinveftit de la charge de Gouverneur, <5c Lieutenant General pour fa Maje- fté ans Iles de l'Amérique. Dequoy, lettres luy furent expédiées au mois de Septembre de Tan mil fix cens trente

huit.

des Iles Antilles. 4f huit. Cette qualité , n'avpit pas efté donnée à ceus qui l'avoient précédé.

L'an mil iîx cens trente neuf^Mon- fieur le Bailly de Poincy , étant party avec tout fon train delà rade de Diep- pe vers le my-Ianvier, arriva vn mois après aus Antilles , & fut reçeu pre- mièrement à la Martinique , par les Habitans en armes. Puis il alla à la Gardeloupe,& à Saint Chriftofle, re- cevant par tout le ferment de fidélité. Sur tout fa réception fur très-belle en l'Ile de Saint Chriftofle.il fut fa lue à (on arrivée du Canon de nôtre Fort> & de celuy de tous les Navires. Tous les Habitans François étant fous les armes, le receurent en qualité de Ge- lierai, avec vn applaudillément vni- verfel, comme déjà auparavant ils a- voient fait des feus de joye , 8c rendu grâces à Dieu, fur les premières nou- velles qu'ils avoiit euës3de fa nomina- tion à cette charge , & il fut conduit à l'Eglife accompagné de fes Gentils- hommes 3 & de fes gardes pour y chanter le Te T>eum.

Si £Ôt qu il fut entré en polTeffion,

l'Ile

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W&ZèaêSM

•Afi Histoire Moraie File prit vne nouvelle face,& Ton vte en peu de tems vn notable change- ment de bien en mieus.Àinfi il ne ré- pondit pas feulemet aus grandes atte- lés que faMa)e(té,& Môfieur le Car- dinal avoient conceuës de fon Goa- vernemec : mais il les fnrpafla de beau- coup. D'abord il fie bâtir des Eglifes en divers quartiers de llle.Il pr^foit! que ks Preftres furent bien logez & £ntretenus,afin qu'ils puiîènt vacquer à leurs charges fans divertiffement.Sa luftice parut au bel ordre qu'il établit* pour la rendre bonne 3 briéve,& gra* tuite^par vn Confeil compofé des plus fages & des plus entendus d'entre les Officiers de nie. Sa Vigilance corri- gea tous les^defordres 3 qui fe gliffem: facilement parmy des perfonnes re- -cuëiilies de divers endroits^& compo- sées de différentes humeurs. Sa Pru- dence^qui n'eft jamais furprife, & qui eft toujours accompagnée d'vne elar- *4& d'vne fage prévoyance , en l'oc- currence foudaine des affaires les plus ipineufes, le fit admirer également Se de ceus qu'il gouvernoit , & de fes

Voifins.

des Iles Antilles. 47 Woiûns. La Grandeur de fon efprit, qui luy fie furmonter toutes les diflfi- cultez qu'il trouva en J^accompliiTe- ment de fes defieins 9 le rendit redou- table aus brouillons. Son AiFabilitéj» fon facile accès, & le bon açciieil qu'il faifoit au$ étrangers , attira le com- merce & l'abondance dans fon Ile.Sa Bonté & fa Libéralité* luy aquit à îu- fte titre les cœurs & les affedfons des François/ Enfin fa generofité éprou- vée en plufieurs rencontres , tant en France , aus emplois tres-honorables .qu'il a eus dans les armées de fa Ma- jefté, qu'en l'Amérique , dépuis qu'il y commande > en la confervation > ou amplification , & en la conquefte de tant de places confiderables 3 donna dés lors de la terreur à l'Efpagnol,qui iufques à prefent n'a ofé traverfer fçs belles 8c gloùcufes entreprifes.

Monfic v îe General ayant établi dans l'Ile de S. Chriftofle tout le bon :ordre qui étoit nece-flairs pour entre- tenir les Habitans en vne bonne con- corde p pour y attirer toutes forces de biens & y faire fleurir le trafic : 8c

l'ayant

~

48 Histoire Morale Tayant rendue la plus belle & la plus illuftre de toutes les Antilles, comme nous L'avons reprefenté au Chapitre 4- du premier Livre de cette Hiftoire, étendit puis après la Colonie Françoi- fe dans les Iles de Saint Bartelemy, de Saint Martin 3 Se de Sainte Croix, dcquell.es nous avons fait la deferi* peion en fon lieu > mais il nous refte encore quelques circon (tances bien considérables , touchant la conquefte de Tlle de Sainte Croix 3 léquelles nous ajouterons en. cet endroit.

Cette Ile a eu plufieurs maîtres en bien peu de tems 9 5c durant plufieurs années, les Anglois & les Hollandois ont contefté enfembleàqui elle fe- roit. Enfin * ils Tavoient partagée en- tre eus : Mais £n 1 an mil fix cens quarante neuf* les Anglois ayans re- marqué , que les Hollandois étoient en petit nombre* les obligèrent à leur laiiFer toute la place. Toutefois ils ne jouyrent pas long-tems de leur "vfur- pation. Car bien tôt après* les Efpa- gnols de l'Ile de Porto-Rico y firent vne defeente , brûlèrent les maifons,

tuèrent

^^à)^^rn^^^^^\s^

des Îles Antilles. 49 tuèrent cens qu'ils trouvèrent fous les armes^ck; firent tranfporter les autres, avec leurs femmes , &c leur bagage, en l'Ile de la Barboude.

Après qu'ils eurent ainfi dépeuplé cette Ile , comme ils étoient fur le point de remonter dans leurs vaif- feaus, pour s'en retourner en leur ter- re, voicy arriver vn navire des Iles de Saint Euftache & de Saint Martin.qui étoit chargé d'hommesjéquels ayant apris la déroute des Angîois , dans la créance que l'Efpagnoi s'écoic déjà re- tiré , venoient relever les droits , & les prétentions que la Nation Hollan- doife avoit fur cette Ile : mais la par- tie étant inégale , veu que les Efpa- gnols étoient dix contre vn,ils furent contrains decompofer. Le dcflein des JEfpagnols , qui leur aroient promis bon quartier, & qui les tenaient pri- fonnicrs,étoit'de les mener à Porto- Rico à leur Gouverneur, qui félon l'humeur EfpagnoIe,ne leur eut peut- eftre pas fait vn trop bon party.

Lors donc qu'ils méditaient leur

retour avec ces prifonniers 3 qui

Tom.il Q étoienC

Histoire Morale

étoient venus d'eux mêmes fe jetter entre leurs mains: deus navires Fran- çois chargez de Soldats, de vivres, & de toutes fortes de munitions de guerre abordèrent en l'Ile 5 étant en- voyez de la part de Moniteur de Poin- cy leur General pour chafifer l'Efpa- gnol de cette terre > 8c la conquefter pour le Roy. Ce fecours , vint bien à propos pour la délivrance des Hollan- dais: Car les Efpagnols ayant veu nos gens , qui defcendoientaJégrement &C en bon ordre , & qui d'abord , for- mèrent fur terre vn gros de vaillans hommes bien armez36c en difpofition de combattre , ils lâchèrent inconti- nent leurs prifonniers3 & après queL- que pour-parler , les François leur fi- rent commandement de vuider à tin*" ftant de l'Ile , & de rentrer dans leurs vailfeausj à faute dequoy, ils les char- geroient comme ennemis, tels qu'ils étoient,& ne leur donneroient aucun quartier. A quoy ils aimèrent mieus obéir a que d'expérimenter la valeur des nôtres, & le fort des armes* quoy qu'ils fuilent en plus grand nombre.

Monfieur

des Iles Antilles, j? Monfieur le General , reconnohTane ielon ion exquife prudence , l'impor- tance de cette lie , qui peut faciliter d autres conqueftes , encore plus glo- rieufes i jugea qu'il falloir accompa- gner de fi heureus commencemens, d vn grand foin pour la conferver, & la munir d'vn nombre confiderable de vaillans homes, & fur tout d'vn Chef genereus &cxperimenté,poury com- mander en fon nom. Pour cet eff=t, il y envoya Monfieur Auger Majô/de 111e de Saint Chriftofle, qui a voie exerce cette charge avec grande ap- probation par plusieurs années , & le revêtit de la qualité de Gouverneur de cette Ile.il mourut en l'exercice de cette charge , au grand regret de tous ies habitans , après avoir mis l'Ile en bon ordre, redrefle fes ruines, & don- ne les commencemens à vn Foit,qu*il avoit luy mêmedeffigné pour la fen- iete des vauTeaus , qui viendroient cy aptes a la rade ; & pour faire perdre aus Elpagnols, toute envie d'y dépen- dre a l'avenir^pour y faire des ravages.

5i Histoire Morale La conquefte de cette Ile fut faite* en la faffon que nous venons de dire en l'an 1650.

Si cette Colonie doit fes comment cemens à la generofité de Monfieur le General, qui ne laide écouler aucu- ne occafiô capable d'amplifier la gloi- re 6c le nom de la Nation Françoife, elle luy eft auffi redevable de fa con* fervation^&de fon accroiffement.Caç il a eu foin d'y faire palier des honv mes, & d'y envoyer des vivres 5 juG- ques à ce que la terre en eut produit, & tous les rafftaichiffemç.ns neçeflai- res en de nouveaus çtabliffemens > 8$ notamment les munitions de guerre qu'il faut en vneplace^qui eft fi voifi* ne de 1 ennçrny>& qu'il a enlevée de« vant fes yeus > & fous fa main. Pour faciliter ce delfein , il a eu long-tem? tn mer vnde fes navires commandé parle Capitaine Mancel 3 duquel la . vertu , la fidélité , le courage , & l'a* àreifeaont efté éprouvées en plufîeurs ' rencontres fignalées. Il faifoit le vo- yage ordinaire de Saint Chriftofle à Sainte Croix , pour y porter tout ce

qui

des JIès Antilles. || qui pouvoit faire befoin à cette nou- velle Colonie.

Les Hoilandois âVoient édifié fm vne agréable eminenee de cette Ile* vne belle Eglife bâtie en forme de Croix. Si les Efpagnols refpe&ant ce figne iacré 5 qui étoit fur le clocher, n'ont pas ruiné cet édifice : nos Fran-i cois doivent cette maifon d oraifon à la pieté & au zèle d'vne Compagnie de Marchands de la ville de Flcflîn- gue, qui fit premièrement habiter cette lie 3 fous la commiflion de Mei- lleurs les Etats.

Le Roy à prefent régnant , étant informé de toute la gloire que Mon^ fieur de Poincy a aquis , & qu'il ac- quiert journellement à nôtre Nation, & combien fa prefence eft neceffaire enTAmerique , a confirmé de nou- veau ce Générais Chevalier en la charge de fon Gouverneur & Lieute- nant General en ces quartiers là,& la Reyne pendant fa Régence, a haute- ment loué fes dignes actions , & fa fidélité au fervice du Roy.

G 5 En

l

3

54 Histoire Morale

En Tan 16$ i. Monfieur le Générale trairca fous le bon plaifir du Roy avec la Compagnie donc nous avons parié , & l'ayant rembourfée de tous les frais qu'elle avoit faits pour l'é- tabli (Ternent de cette Colonie, a aquis de ces Meilleurs qui compofent cette Compagnie, la Seigneurie Se pro- priété foncière des lies de Saint Chri* ftofle 3 de Saint Bartelemy , de Saint Martin , de Sainte Croix , Se des adjacentes > Se cela au nom & à pro- fit de fon Ordre de Malte , qui par ce- moyen eft accru de Tvne des plus belles , des plus riches 3 Se des plus honorables Seigneuries dont il jpiiif- fe , fous la Souveraineté de fa Ma- jefté Tres-Chreftienne. Et dépuis le Roy a fait don abfolu de toutes ces lies à l'Ordre de Malte, à la feule referve de la Souveraineté , & de l'hommage d'vne Couronne d'or de redevance à chaque mutation de R oy , de la valeur de mil efcus3 com- me il paroit par les lettres patentes de fa Majefté > du mois de Mars 3 mil iîx cens cinquante-trois.

Loris

bes Iées Antilles. jj

0V1S PAR LA GRACE DE DIEV R 0 Y DE FRANCE ET DE NAVAR- RE: A tous prefens $> avenir Salut. L'ordre de Saint Iean de lerufalem sejl monïîré fi vtile ùÎEgïife par [es fervices , &fa continuelle re finance aus entrepri- fes des Mahomet ans , ennemis de la Foy , dont les viâloires fréquen- tes qu'il a remportées fur eus , en tant de Combats ^ font des mar~ ques certaines , efquels grand nom- bre de Chevaliers ont ejpanché leur fang y & prodigué leur vie four le faim commun , & les Ho- pitaus , ont ejlé fi dignement & charitablement adminilîrez, par iceluy , depuis fom Inflitntion , qu'il feroit vtile qu'il eut fon fiege non feulement en {lie de Malte , mais

C 4 mjïi

œesssu*)

1

1

■j6 Histoire Morale aujji en flufieurs autres endroits^ sfin que ce fujfent autant défla- tions , forterejfes & remparts four % Chrétienté^ & à* avilies aus Fi- dèles. Ces Confédérations s& f&ffe- Uion que les Mois nos fredecejfeur$> é* nous À leur- exemple avons toù- iours fmée audit Ordre , nous ont fait favorablement entendre aux fufp lie at ions qui nous ont eflé fat* tes de la fan de no (Ire très- cher Coufin le Grand Maifre audit Ordre de Saint le an de lerufalem^ far noftre amé érf^al Confeiller en nos Confeils^ Chevalier é* Bm iliy d'ieeluy^ dfàbaffadeur de no- ftre dit Coufm le Grand Maifire frés ncflre perfonne , le Sieur de Souvré: ^ue le Sieur Bailly de Poincy Grand Croix dudit Ordre% après flufieurs beaus employs en France , auroit efté envoyé far le feu Roy nofln très honoré Seigneur

&

des Iles Antilles. 57

ér Père ^fon Gouverneur $ Lieu^

tenant General es îles de Saint

Chriftofle , (jr autres lies de ( A-

merique feu connues four lors^ lef*

quelles depuis fous [a conduite font

habitées de grand nombre de Fran~

foù y en quoy ledit Sieur Bailly de

Poincy nauroit rien efpargné pour

y maintenir nofire authoritéj 'éclat

-(jr la dignité du nom François :

Me [me s auroit fait bajlir plu (leurs

forts a [es defpens^&feferoït aujft

formé vn revenu confîderable par

ac qui fit ions quil a faites dans lefl

dites Iles , ayant employé pour cet

effet , le revenu de plu fleurs années

de deus des plus belles Commande-

ries Audit Ordre^defquelles ilioiiif-

foit en France , lefquels Domaines^

par droit de pecul apartiennent k

[on Ordre ^auquel d'abondant ledit

Sieur Bailly de Pàincy^ comme

fart Religiem m & donné toutes

j3 Histoire Moralb tes feuretez, neceffaires. En forte que nofire - dit Coufin le Grand CMaiBre & ledit Ordre , s'en peu- vent dire dés a prefent le vraj ■propriétaire *>fans attendre quils luy reviennent après le decés far droit de fouille , a quoy nojlredit Coufin le Grand Maifire a defiré ioindre la propriété entière defdu tes lies de Saint chriflofie , par ï acquifition d'icelles^pour laquelle nojlredit Coufin a envoyé fies ordres é* pouvoir audit Sieur de Souvréy afin de traiter avec cem de la Compagnie défaites llesfom nofire bon plaifîr y & fous ïefierance que nom aurions ledit traité agréable^ & que nous y ioindrions en outre je qui nom apartient efdites llesy afin de pouvoir par no Ft redit Coufin } & fon Ordre i y former vn établiffe- ment pour te fervice & la defenfe de la ChréUenté^&pQUr la conver»

fon

^^^^^à^K^ïî^^^^

des Iles Antilles. 59 fi on des Sauvages a la Religion Ca- tholique. ACES CAVSESïé* après avoir fait voir en noBre Con- feil les Lettres de Conceffion par 2(omcy~devant faites à ladite Co- pagnie des lies de (Amérique dît mois de Mars 1641. LÏaêie de dé- libération de £ A ff emblée de ladite Compagnie de ( Amérique > pour la cejfîon, vente & aliénation de tout ce quils pourroyent prétendre en icellesfom notre bon plaiftr , mua charges & conditions portées par le refultatdu, t. May 1 6 5 1. Le traité fait par ledit Sieur de S ouvré avec ce m de ladite Compagnie , le '24. defdits mois & an , attachez, fous le contre- féel de noflre chance lle~ rie. De t avis de noBredit Confeilr eu eB oient la Reyne noBre très ho~ norée Dame & Mère y noBre très- cher Frère le Duc d" Anjou>plufieur$ JPrimeSyDucsyPairs à* officiers de 6 mftfp

-

éo Histoire Morale nofire Couronne , & autres grandÉ dr notables Perfinnages de nôtre Royaume 5 2{pus defirans favora- blement traiter nofire Coufin le Grand Matjtre & fin Ordre \ & tefmoigner a tonte la chrétienté fefiime que nous enfaifons, & que comme Fils atjné de l'Eglifi , nous ne laiffons efchaper aucune occsfion four le bien & faugmet attende la Religion chrétienne, &par ce mo- yen inviter les autres Princes chré- tiens de faire lefimblable , & de contribuer de leur fart ainfi que nous fat fins 5 a la manutention & propagation de la Toy , de nojîre grâce fpeciale , certaine feieuce^ pleine puijfance & authorité Ro- yale 5 Avons lQue\agréeyratife\ lo- uons > agréons y ratifions & confir- mons par ces prefenies fignées de nofire main^ laconcejfion cy devant fêitç h ladite Compagnie des îles i o 4*

î)£s Iles Aktillbs. 6x de £ Amérique du mois de Mars 164.1. Enfemble ledit Contrat du 24. May 1 6 y 1 . portant t alié- nation , vente & ceffïon des droits de ladite Compagnie dans les lies de l Amérique À eus concédées y au frofit de no (Ire dit Cou fin le Grand Maiflre & dudit Ordre de Saint le an de lerufalem. Et adi enflant am concevons faites far cy devant^ avons de nouveau donné & 0 Broyé À nojlre* dit Cou fin & àfon Qrdre^ donnons & octroyons far cefdites f refentes ladite Ile de Saint chri- flofle 5 & autres en gênerai en dé- fendantes , conformément audit Contrat} du vint- quatrième May avec toutes leurs conflit ances , a la referve des lies contenues &Jpeci~ fiées am Contrats de vente des quatrième Septembre mil flx cens quarante - neuf \ & vint - fetfié* me Septembre 1650. Pour ladite

Ile

fa Histoire Morale lie de Saint chriBofie > & autres lies de l'Amérique en gênerai, a la referve cy-dejfm , efire tenues far no lire dît Coufin le Grand Mai lire ér [on Ordre en plein Domaine, Seigneurie 5 Direffie, & vtile pro- priétéincommutable. Enfemble les Places & forts e Bans en te e lie s y droit de Patronage Laïque de tous Bénéfices & Dignité z> Ecclefialii- ques 3 qui font ou feront cy « après fondé es \& qui nous peut de prefenî ou pourroit appartenir , avec tou? droits Royaus , & pouvoir de re- mettre $> commuer les peines >cre'ery ïnTUtuer , £r deïîituer officiers & CMinifires de Iuliice y & lurifdi- Bion tant volontaires que contenu tieufes\ pur pajfer tous aBes , iu~ ger toutes matières 3 tant Civile? que Criminelles en -première in- fâme y & par appel en- dernier r>tj£orty & en tout cm y le tout a

* perpétuité

JSS&SU2

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DES IlES An-TILEES. *€%

perpétuité' en plein fief é* amortyr & fous tel titre^&yfaire tels éta- bliffemens que bon luyfemblera^ m la feule referve de la Souveraine** te\ quiconffie en î hommage Svne Couronne d'or de redevance à cha- que mutation de Roy 3 de la valeur de mil efcm^qui feraprefentée par ï Ambaffadeur dudit Ordre vers; cette Couronne , ou far tout autre officier d'iceluy en fon abfence , k la charge que noflre dit Cou f nie Grand Maifîre , & f Ordre > ne pourront mettre le f dit es lies hors de leur maïn^nyy donner comman- dement a autres qu'au s- cheval- liers des Langues ïrançoifes nos fuiets )fans nous le faire fçavoirv & pis fur ce noflre confewte- ment. Si donnons en mandement k nos amex> & feaus Confeillers les Genstenans noflre Cour de Parle- ment de Paris r Chambre de nos-

Compter

i

~~

va&sami

1

I

SSQStfÇ

&4 Histoire Morale Comptes^ autres nos officiers qu'il appartiendra , gw ces pre fentes ils faffent enregijier , & du contenu en îc elle s faire iouirnofre-dit Cou- fin le Grand Maifire & ledit Or- dre pleinement 3 paifiblement & perpétuellement > fans fouffrirqu il luy foi t fait , mis 3 ni donné aucun trouble ni empefchement au con- traire. Et d'autant que des pr e fen- tes Ion peut avoir befoin en même tems enplufeurs lieus 5 Nom vou* Ions qtiaus Copies deuement colla- tionées^foy fort adiouflée comme h (Original des prefentes% CAR TEL EST NOSTRB PLAI- S 1 R. Et afin que ce foit chofe confiante pour toujours^ Nous avons fait mettre nàftre Seel a ces pre fen- tes , fauf en autres chofe s no- {Ire droit , & fautruy en toutes. Donné a Paris au mou de Mars '> fan de grâce mïlfix cens foixame-

trm*

des Iles Antilles, trois. Et de notre Règne le treize* me. Signé >

LOTIS.

Et fur le Reply 9 par le Roy* ï)e Lomeme.

Vifa Mole'.

Et feellée du grand fceaudecire verce fur lacs de foye.

Apres que Monfieur le General de Poincy , eut afermy la Seigneurie de lJIle de S. Chriftofle entre les mains de fon Ordre de Malte , & procuré foigneufement la gloire Se la profpe- rité des Colonies Frâçoifês de l'Amé- rique 3 il deceda paisiblement à Saine Chriftofle, l'onzième du mois d'A- vril de l'an mil fix cens Soixante , au grand regret de tous les Habitans des Iles> parmy léquels la mémoire de fes eminentes vertus fera toujours pre- cieufe &c en Singulière vénération. Le Roy , confiderant félon fon exqmle

fageffe,

1

i \

il

p Histoire Mo raie tagcflc-, que la charge qui étoit va- cance par le decés de ce digne Sei- gneur,etoit de très-grande iniportan- ce, en a pourveu Monficur le Gheva- hj de Sales , qui porte en (ss Titres: Charles de Sales , Chevalier de l'Or- dre de S. leande Iernfalem , Admt- n.ftratenr de la Seigneurie de Saint Cbnftofle, & Chef de la Nation Fra- çoife eftablydefaMajefté pour fon fiminence de Malte.

Méfieur du Parquet Gouverneur de la Martinique, a , uffi aqnis de la mé- me Compagnie k Seigneurie des Iles de la Martinique , de la Grenade, & de Sainte Alonfie. Monfienr d'Houel Gouverneur de la Gardeloupe , a fait ' ia même chofe pour les Iles de la Gardeloupe,de Marigalante,de la De- fîrade x 6c des Saintes. Ces deus der- nières ne font pas encore peuplées. Mais il a demandé par avance la Sei- gneurie de ces terres, afin que d'au. très ne s'en puiflènt civilement em- parer. Car il fautfavoir, que la Com- pagnie des Iles de l*Àmeriqne,Iaqtiel- le eft maintenant abolie,avoit obtenu

du

©es Iêes- Antiiles. lu Roy,toutes les Antilles habitées,<$£ i habiter par fucceffion de tems. De orte que ces Meffieurs,qui ont traitté .vec cette Compagnie, ont fait mèt- re dâs leur oékroy des îles qu'ils n'ont >as encore habitées ; mais qui font en eur voifinage3&; àleur bienfeance: ôc ncontinéc qu'ils auront allez d3hom- nes en leurs autres lies, ils en feront >affer en celles là-, fi. ce n'eft que les knglois , ou les Hollandois s'en em- >araflent auparavant. Car c'eft vne egle générale , qu'vne Terre qui efë ans habitâs,eft au premier occupant. it i'Oftroy du Roy,oude la Compa- gnie , ne fert que pour parer cts Mef- îeurs cotre quelcun de nôtre Nation, jui pourroit courir fur leurs deffeins* Ainfî toutes œs Iles que les Fran- çois tiennent aujourduy en l'Ameri- jue relèvent entièrement du Roy sour la Souveraineté , 8c de Meilleurs .es Chevaliers de Malte, du Parqueta *k d'Hoitel , pour la Seigneurie , fans plus reconnoitre la Compagnie,qui a :edé en leur faveur tous fes droits, 8c loutes.fes prétentions.

Quant

"--îr^'-^rrf^nMiF

I

1

£8 Histoire MorâIe

Quant à la fuite des Gouverneurs Ànglois de l'Ile de Saint Chriftofle*- Moniteur Oiiarnard étant mort après avoir glorieufemeilt étabiy fa Nation dans les Antilles 5 6c avoir peuplé en particulier Pile de Saint Chriftofle, de douze à treize raille Anglois : Mmd fieur Riche > qui eftoit premier Capi- taine de l'Ile fut étabiy en cette char- ge ; & celuy-cy pareillement étant de- cédé* Monfieur Eiiret fut pourveu du Gouvernement qui Tadminiftre enco- re auiourduy, avec la capacité & l'ap- probation finguliere* que nous avons i déjà reprefentée 5 en parlant de l'Ile- de Saint Chriftofle.

Au reftc lors que les Nations ctrâ- geres arrivèrent en ces Iles , elles fe logèrent au commencement à pu prés comme les Habitans naturels du païs, fous des petis couverts3&: dans de (im- pies huttes Se cabannes,faires du bois même qu'ils coupoient fur le lieu, en défrichant la terre. On voit encore dans les Colonies naiflantes, plufieurs de ces foibles édifices > qui ne font Soutenus que par 4. ou 6.. fourches,

plantées

des Iles Antilles. 6<) Gantées en terre, & qui pour murail- es ne font entourez & pallifladés que te rofeaus,& pour toit,n ont que des eîlilles de palrnes,de cannes de fucre, )U de queiqu autre herbe. Mais en outes les autres Iles , ou ces Nations ont mieus établies,on voit à prêtent >lufieurs beaus édifices de charpente, le pierre èc de brique , qui font faits :n la même forme-, que çeus de leur yàis , excepte , que pour l'ordinaire 1s n ontqu vn étagé>ou deus au plus* ifin qu'ils puiflent plus facilement efifter aus vens , qui foufflent queU jucfois avec, beaucoup d'impetuofite m ces quartiers là. Nous avons allez ?arlé de ces édifices , dans i'occafion ^ui s'en eft prefentée , lors que nous ivons décrit chacune des Antilles en particulier,

Mais nous aiouterons feulement icy.que fur tout, les Angiois qui ha- bitent ces Iles , font pour la plupart commodément logez , & propre* ment ajuftez en leur ménage , par ce qu'ils s'arrêtent dans les Colonies, & les embelliflent * comme fi c'écoit

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Histoire Mou axe le lie» de leur naiffance. Ils font aufFjr preique cous mariez^ce qui fait,qtfils travaillent mieus à s'accommoder* que cens qui mènent vne vie de gar- çon , comme font plufieurs entre les François.

Nous avions deffein pour la clôtu- re de ce Chapitre.de coucher icy tout le procédé que tintMonfieur Auber, pour faire la paix avec les Caraïbes, lors qu'il vint prendre poireiïïon dm gouvernement de la Gardeloupe: mais à caufe que le difcour s en eft vn peu long5& qtfil peut donner de gra- des lumières^ pour connoitre le natu- rel de ces Indiens, dont nous avons à traitter en ce deuxième Livre 3 nous avons creu qu'il n'en falloit rien re- trancher ; & qtfil meritoit bien de remplir vn Chapitre tout parties

Chapi

&e$ Iles Antilies, fi $m %%& tm && *^ s«* «cm >a#s< C HAPIT RE 1 1 L

De fafermijfement de la Colonie JFrançoife de la Garde loupe \ par la paix , qui fut faîte avec les Caraïbes de la Dominique* en l an i<*4Q>

LEs premiers d'entre les François' qui occupèrent l'Ile de la Garde- oupe 3 y abordèrent en Tan 163 5. par ,£s Ordres dVne Compagnie de Mar- :hands de la ville de Dieppe, qui fous ^autorité de la Compagnie Générale les Iles de l'Amérique établie à Pa- ris > y envoyèrent les Sieurs du Pteffis Sf de l'Olive, pour y commander en eur nom. Mais le premier étant mort p£u de mois après fon établnîement, 5c l'autre par la perte de fa veuë 3 &C par fes maladies continuelles > étant rendu inhabile à gouverner vne Co- lonie naiflante > comme nous l'avons lé)a reprefenté dans les Chapitres precedens*

,3 I

H

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l-x Histoire Morale prscedens. Monfieur de Poincy,pour- Veut dignement à tout ce qui était ne- ceflàire pour l'entretien des nôtres en cette Ile 3 laquelle auroit efté aban- donnée 3 fans les grands foins qu'il prit, d y envoyer des troupes auxiliai- res fous la conduite de Monfieur de la Vernade , & de Monfieur de Saboiiii- l%> pour s'oppofer ans defleins des Caraïbes , qui leur en conteftoient puliFamment la poiFeffion ; de forte, que fi cette Colonie ne doit pas fou premier ctabliflement à Monfieur le General de Poincy , elle luy e(l rede* vable au moins de fa confervation,& de fa fobfiitance. Il approuva aufli ÔC confirma au nom du Roy , la nomi- nation que la Compagnie des Iles avoit faite Monfieur Auber , pour eftre Gouverneur de cette Ile.

Ce nouveau Gouverneur 5 prêta ferment de fidélité entre les mains de Monfieur le General le lo.d'O&obre !jÉ40, Mais avant que de defeendre à Saint Chriftofle > le navire qui l'avoic pa.fle de France en Amérique , ayant fnoiiillé prés de la Dominique 3 plu-

fieurs I

JSàK^IsSLSSW

des Iles Antilles. 75 fleurs Sauvages qui av oient reconnu de loin le navire,&.iugé par les fîgnes de bien - veillante qu'on leur don- noit^qu'ils n'avaient point d'ennemis dans ce vaifeau, prirent l'aflurance d'y entrer.Par bonheur5ceus qui l'étoient venu reconnoître j étoient les pre- miers Capitaines de l'Ile. Monfienr Auber fe refolut de profiter de cette occafion , iugeant qu'elle étoit tres- favorable , pour rentrer en alliance avec ce peuple , qui avoit été éfarou- ché>8c prefque entièrement aliéné des François , par les violences & les ri- gueurs de Monfîeurde l'Olive, Tvn de fes predecefleurs en la charge , & par la mauvaife conduite de ceus qui commandoient le fecours que Mon- fieur le General avoit envoyé à nos gens qui étoient en cette Ile.Ec parce qu'il (avoit, que ceus de cette Nation (e laiiTçnt facilement gagner par ca- l'cflfcs &par petis prefens > il n'oublia rien de tout ce qui pouvoit contri- buer à l'avancement de fon deflèin.

Il leur fit donc favoir qu'U venait

de France , & qu'il étoit envoyé pour

fpti II D cona

74 Histoire Morale commander en l'Ile de la Gardeloupe; Qu'il avoit apris avec regrec 5 les dé- ferais qu'ils avoient eus avec les Traçais depuis quelques années.Qu'il venoit avec intention de ks terminer à l'amiable ; Et qu'il vouloit eftre leur bon Compère > ôc leur bon voifin, êc vivre avec eus comme avoit fait feu Monfieur du Pleffis leur bonamy. Il faifoit entremêler cet entretien * de force verres dJeau de vie , qu il leur faifoit prefenter.

Ces Sauvages , voyant vne récep- tion fi franche , & fi cordiale ^ après avoir parlé entre eus en leur langage de guerre * qui n'éft entendu que des Anciens Ctefs de leurs entreprifes, fe refoiurent d'accepter Tofrequi leur étoit faite ? & de renouer l'ancienne amitié en renonçant à tout ce qui |>ourroit entretenir cette guerre fan- glance, qui avoit tant incommodé les deus partis. Mais avant que de rien promettre ils demandèrent à Mon- iteur Auber , fi Monfieur de l'Olive, Monfieur Saboiiily, & tous ce-us qui avoient fuivy leurs violences > forti-

roient

des Iles Antilles^ 75 Ment de l'Ile. Et luy leur ayant réC pondu , qu'il [es y obligeroit , ils di- rent que cela étoit n.eceiTaire,& qu'au- trement ils feroient toujours fâchez contre les François.parce que difoicc ils y l'Olive & Sabouily point bons pour Cœrdibes,Cz(om leurs mots.Làdeffus, Monlîeur Auber les ayant allùrez que cela ' demeurerait arrefté , & que pour luy il leur feroit bon , s'ils vouloient auffieftre bons :ce qu'ils promirent,!! leur fit faire grâd'chere, & les renvo- ya avec des prcfens,& bien fatisfaits.

De la rade de la Dominique, Mon- sieur Auber alla à la Gardeloupe,pouc y poler fon Equipage; & de à Saint Chriftofle , pour y rendre (qs devoirs à Monficur le General , qui futjo- yeus du bon chois que la Compagnie des Iles a voit fait de fa perfonne J ÔC le confirma en fa charge au nom du Roy, après qu'il eut prêté le ferment de fidélité.

Il partit bien tôt après de Saint

Chriftofle, pour fe rendre en fon

Gouvernement : étant arrivé il fut

reçeu avec joye par tous les habitant

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\jS Histoire Morale qui l'avoient en haute efti me pour (on expcriéce3 en tout ce qui pouvoit fer- vir à l'avancement des Colonies naif- . fantesjôc par ce qu'ils étoient perfua- dez qu'il étoit remply dVne prudence iïnguliere pour remédier aus defor- ,dres palfez, d'vne generofité capable de reiifter aus difHcuitez prefentes,& d'entreprendre ce qui feroit neceflaire pour le bien &c le repos de l'Ile , & d'vne douceur & afabilité qui Tavoiéç rendu recommandabie à tous ceus de S.ChriftofleJéquelsauffi l'avoient re- connu pour vn de leurs meilleurs Ca- pitaines. Sa Commiffion fut ieue" & publiée à la tel) e des Compagnies de ■l'Ile /par 2. Dimanches consécutifs* qui furent le 25 . Novembre* & le 2, de Décembre de l'an 1^40,

La guerre qui s'étoit allumée entre les Sauvages & çeus de nôtre Nation* par le mauvais çonfeil de quelques efprits remuans , &: par la facilité du Gouverneur précèdent, qui leur avoit prêté l'oreille ; Et les divifions^les ffàh \ "ances, 5c les partialités , que ces brouillons avoient fufeitées entre les;

princi

t>Es Iles Antilies. 77 principaus de l'Ile 3 l'avoient rendue la plus defolée de toutes les Colonies de l'Amérique. La diiette des vivres en avoic réduit plufieurs à des extre- mitez fi grandes 5 que la vie leur étoit ennuyeufe 5 8c la mort fouhaitabte* L'aprehenfîon en laquelle ils eftoient continuellement d'être furpris par les Sauvages 5 les obligeoit à le tenir ïn- f ceflamment fous les armes , 8c à laif- fer leurs jardins 8c leurs habitations en friche : Et le rude 8c infuportable traitement, qu'Us xecevoient de quel- ques Officiers qui abufoient de leur authorité * lés avoit tous réduits à la veille d'vne ruine inévitable.

Mais, depuis que Monfieur Auber eût été reconnu pour leur Gouver- neur , par l'acclamation vnanime de tous les Habitans 3 8c qu'il leur eût donné les nouvelles de la paix , qu'il avoit conclue avec les Sauvages leurs voifins y laquelle il efperoit de voir bientôt ratifîée^par toutes les affurâces qu'on pourroit atendre d'vne Nation fi pu ciuilisée qu eft celle des Caraï- bes ; les perturbateurs du repos public D 3 s'écar

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78 Histoire Morale

s «carrèrent > & les gens de bien fe vtrent en feureté/ous la fage condui- te de ce digne Gouverneur, qui n 'ou- bliait rien de tout ce qui pouvoit con- tribuer à remétre l'Ile en bon ordre. De forte , que cette Ile prit en vu luttant vn* nouvelle face : La jufti» ce commença à y refleurir > la bonne vnion^& le travail des habitans y ra- pclla l'abondance * la paix & le com- merce, qui $en étoient retirez : Et la pieté du chef,convia tous les mem- bres de cette Colonie , à bien vivre à fon exemple.

Quoy qu'il eut traité de paix avec les Sauvages , il fut neantmoins d'a- vis , crainte de furprife 3 que les ha- bitans fe tinffent toujours fur leurs gardes. A cet éfet, il ordonna des fen- îinelles en tous les lieus les Ca- raïbes pourroient le plus facilement aborder , fans eilre découverts : Il changea les corps-degarde, & les pla- ça en des lieus plus avantageus j & réprima par fon autorité^ceus qui vou- loient ruiner les premiers fondemens qu'il avoit jettez d'vne ferme paix,6c

d'vne

dés Iles Antilles. 79 d vne étroite alliance avec ees enne- mis réconciliez, les obligeant par fes défenfes exprefTes, de ceflfer tous actes d'hoftilicé, afin de ne pas troubler par leurs animofitez particulières , cette confédération fi necellaire 3 pour le feien gênerai de tous les habitans.

Les Iles fubfiftant par le commer- ce i Monfieur Auber reconnut , qu'il n'y avoit rien qui les décretitât plus que les mauvaiies Marchandifes que Ton y fait > Et par ce que le Tabac é- toit la feule , qui avoit cours en ce tems-là à la Gardeloupe ; ayant apris que plufieurs en débitoient 3 qui n'é- toit pas de mife s ce qui auroit de'crié Tlle envers les Etrangers, qui n'y auroient plus envoie leurs navires* il établit des perfonnes intelligentes en Tabac 3 qui le vifîtoient foigneufe- mentj & qui jettoient dans la mer celuy qui fe trouvoit ou pourry , ou defe&ucus, en quelcune des qualités quil doit avoir pour eftre parfait.

Ce bon ordre 3 & dans la milice 8c dans la police , rendit cette Ile florif- fante en peu de tems ; Et fa renommée

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go Histoire Morale y atiraplufieurs Marchands , & con- via vn grand nombre d'honnêtes fa- milles , à y venir prendre leur demeu* £e>&: à s'y établir» i

Pour revenir maintenant à nos Sauvages > qui avoient vifité Mon- iteur Âuber en fon navire , ôc qui a-* voient traité de paix avec luy,fous les conditions que nous avons dites ^ ils ne furent pas plutôt retournez en leur terre, ils étoient attendus avec im- patience,fur ce qu'ils avoient demeu- ré vn peu long-tems au navire,qui é- toit à leur, rade , qu'ils publièrent par toute l'Ile , l'amiable aciieil qu'ils a- voient reçeu. Ils ne pouvoient ailés* prifer le bon traitement , que le Gou- verneur nouvellemét venu de France leur avoit fait. Les beaus prefens qu'il avoit donnez, confirmoient autenti* quement fa bonté &: fa libéralité. Et ils aioutoient,que* leurs ennemys l'O- live &C Sabouly , devant fortir de la Gardeloupe 3 ils avoient fait la paix a- vec ce brave Compère , qui les avoit fibienreceus, qu'il étoitdignedeleur alliance. Que pour ne iuy donner au- cun

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3>es Iles Antilles. Si cttn fuiec de défiâce^il faloit déformais s'abftenir des courtes > qu'ils avoient coutume de faire en la terre de la Gar- deloupe > dépuis quils étoient en guerre. Et que lors quils fauroient que ce nouveau Gouverneur feroit fermement étably> ils if oient le vifiter avec des prefen*> Se confirmer folen- nellement cette paix 3 qui leur feroic fi profitable à l'avenir. Les Caraïbes,, qui avoient perdu pluheurs de leurs hommes > dans les combats qu'ils a- voient eus contre les François, & qui fe laflbient d'avoir à faire à des enne- mis fi adroits & fi courageus 3 furent bien aifes de l'hcureufe rencontre: qn avoient fait quelques vns de leurs principes Capitaines. De forte qu'ils approuvèrent ce qu'ils avoient arrêté avec Monfieur Auber y & aquiefee- rent à tout ce qui leur étoit propofé, pour entretenir & pour afermirdoie- fenavant cette paix, ; Prés de cinq mois s'ëconlerent^pen- dant lefquels les Sauvages tinrent pon&uellement la prorneflè qu'ils a- fybkut faite à Monfieur Auber » de

îi Histoire Morale ne plus inquiéter les François. Après quoy 5 s'étantp erfuadez que ce tems- luy devoit avoir fufy pour s'accom- mocler à la Gardeloupe > y mettre les ordres neceifaires 3 de informer les habitans de l'aliance qu'ils avoient contra&ée enfemble à la rade de la Dominique , ils fe refolurent de luy envoyer vne deputation folemnelle* pour confirmer la paix^& luy fouhait- ter toute profperité en fon Gouverne- ment. Il y avoit de Tempreffenient parmy ces Sauvages , à qui auroic l'honneur d'vne Comiflion de fi gra- de importance > & de laquelle ils ne doutoient aucunement qu'ils ne re- ceuifent des avantages finguliers. Us fe refolurent donc, pour contenter \es plus apparens d'entr'eus 5 qui étoient compétiteurs en cette ambalïade^a en établir Chefs deus de leurs plu? an- ciens, & de leurs plus renommez Ca- pitaines : & de donner à chacun vne efeorte confiderable, compofée de l'é- lite de leurs plus braves Officiers Se foldats. Et afin qu'il n'y eut point de jaloufie entre les Capitaines> ils trou- vèrent

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bes Iles Antilles. 8| verent bon de les faire partir en deus différentes Piraugues 3 chacun avec fa fuite y & avec cet ordre 3 que l'vn de- vanceroit l'autre d'vn iour.

Le premier de ces Ambaflàdeurs/e nommoit le Capitaine Amichon 5 fort confideié parmyeus* qui fut accom- pagné de trentes des plus leftes &c des plus adroits de la Dominique. Mon- îîeur Auber dit , qu'il n'a |point veu dépuis de Sauvages plus beaus , ni de plus agiles. Ces Sauvages donc fe con- fiant en la parole qu'il leur avoit don- née à leur rade , abordèrent à la Gar- deloupe. Et auffi toft qu'ils eurent a- pris de celuy qui cômandoit au corps de garde 3 que Mon fieur Auber étoit en l'Ile & qu'il y étoit en bonne fan- y ils dépendirent hardiment à ter- re & demandèrent à le voir > ayant laifîé cependant quelques ~ vns des moins confiderables de leur troupe, pour garder la Piraugue.Pendant qu'- on aloit donner avis à Monfieur le Gouverneur de l'arrivée de ces Dé- putez de la Dominique , le Capitaine Amichon;qui devoit porter la parole, D 6 luy

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84 Histoire Morale luy envoya deus des plus gaillars de fa fuiteachargez des plus beaus fruits de leur terre^qu ils avoient aporcez pour luy en faire prefent.

Monfieur Auber fut fort joyeus de leur arrivée. Et ayant incontinenc commandé à cens de (a maifon 3 &.à tout le quartier»de ne leur donner au- cune occafion d'aprehender quelque mauvais traitement > il prix la peine d* aller luy même au devant d'eus , avec yn vifage qui témoignoit ailés qu'ils étoient les biens venus. Il ne faut pas le mettre icy beaucoup en peine* pour coucher la harangue Se les corn- piimens * que le Capitaine Amichon- luy fit en cette première rencon- tre. Il avoir été Tvn de ceus qui avo- ient veu Monfieur Auber en fon na- vire à fon arriver de France * & il pj eut point de peine à le reconnoitre* D'abord il luy fit entendre * qu'il ve~ îioit pour confirmer ce qu'ils avoienr refolu enfemble à la rade de la Domi- nique a touchant vne bonne paix : & que tous les Caraïbes de fa terre le fouhaitoient auJlL Monfieur Auber*

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des Iles Antilles. \s$ avec cette affabilité & cette grâce par- ticulière qu'il a pour gagner les cœurs de ceus qui traitent avec luy 3 leur donna fur le champ aifés clairement à entendre , & pair (on interprète, &9 par fa contenance qu'il garderoit tou- jours de fa part vne vnion inviolable, pourveu qu'il n'y contrevinlfent pas les premiers. Après 5 il les fit entrer en fa maîfon : Et par ce qu'il favoic que la bonne chère étoit le meilleur (eau qu'il pûtapofer à ce traité de paix* il leur fit aufficôt prefenter de l'eau de vie»& fervir de tout ce quife trou- voit de plus apérifïint dans l'Ile. En fuite il courona le feftin,. par des pre^ fens qu'il leur fit de toutes fortes de curiofitez 3 qui font les plus eftimées parmy cette Nation. Et afin que tous les Députez euilent part à la bonne chère de aus liberalitez de Môfieur le Gouverneur,ceus qui avoient ététrai- tez furent prendre la place de ceus qui étoient demeurez à la garde de la Pi- raugue,qui eurét auffi à leur tour,tout fujet de fe louer du accueil qui leur fut fait^Sc des prefens <^ui leur furent

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l# Histoire Moraeé diftribuez de même qu'aus premiers. Ha Capitaine Amichon n'oublia pas, félon la coutume dont ils vfent en- vers leurs amis, de prendre le nom de Monfieur Auber y & de luy donner le fien.

Apres qu'ils eurent tous été com- blez des biens Se des civilitez de Mon- fieur le Gouverneur , ils retournèrent fort ioyeus en leur Piraugue,& firent voile du côté de leur Ile. Us trouvè- rent à vn certain rendez-vous dont ils étoient convenus avant que de partir de la Dominique , l'autre Pi- raugue , qui étoit chargée du fécond Chef de la dépuration, nommé le Ca- pitaine Baron , avec fa fuite. Et com- me ce fécond Capitaine eût aprisdu' premier5tout l'agréable aciieil & tou- te la bône chère que Monfieur Auber avoit faite à luy & à fes gens,il fe ren- dit le lendemain à la Gardeloupe. Ce Baron avoit été Tvn des meilleurs a- mis de Monfieur duPleffis , qui étoit mort Gouverneur de la Gardeloupe* en égale autorité avec Monfieur de l'Olive fon Collègue 3 lequel après

mort

ses Iles Antilles, wjfi mort de Monfieur du Pleflîs3avoitfait imprudemmét la guerre aus Sauvages** Ge Gapitaine donc 3 quiavoit vifi- diverfes fois feu Monteur du Plef- fis y & qui confervoit vn fouvenir particulier de l'amitié qu'il luy avoir portée^étant perfuadé de la generofité des François 3 mit d'abord pied à ter- re avec fa Compagnie y & fut conduit au logis de Monfieur Auber, qui leur fie toute la même réception qu'il avoir faite aus premiers. Et même quand il eut apris que ce Capitaine étoit le Compère de feu Monfieur du Pleffis5 c'eft à dire Tvn de fes confidens & de fes meilleurs amis y il le traita avec plus de témoignages d'afe&ion que les autres , & lia vue amitié particu- lière avec luy » recevant fon nom Se luy donnant le fien. Ainfi ces nou* veaus hôtes y=fe retirèrent encore plus fatisfaits que les premiers 3 & promi- rent de continuer leurs vifites à Tave- Mais lesvns&les autres firent

nir.

raport en tous leur Carbets>de la civi- lité & du bon acueil du nouveau Gou-

verneur,

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Histoire Morale Le Capitaine Baron , qui sétoit Ci bien trouvé de fa première vifite > ne tarda guère fans avoir envie a en faire vne féconde. Et ce fut en celle-cy que Monfieur Auber îuy fit voir vn des fils de feu Monfieur du Pleffîsyauquei ce Capitaine fit mille carefles, en mé- moire de fon Père, qu'il appelloit fou bon Compère, & l'amy de fa Na- tion. En éfet^ce Gentil-homme a- voitaqùis l'afecUon des ces Barbares,.' qui reipedoient fes mérites 3 de les belles qualitez qu'il auoit pour coirw mander.

Apres cette vifite ,& plufieors que les Caraïbes faifoient prefque tous les iours , Monfieur Auber voulut ê~ tre affilié d'eus par otages » qu'il tien- droient ferme l'alliance. îl s'adreiïâ pour en éfet au Capitaine Baron , a- yec lcq.ueliiayok-contraâé vne ami- tié plus étroite qu'avec les autres , 8c qui l'appelloit fon Compère, comme ayant fuecede l'alliance qui avoic autrefois été entre Monfieur du Pleflis & fay g Monfieur Auber demanda donc vn jour à ce Capitaine > sll n*

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des Iles Antilles. 8? trouvoit pas raifonnable que pour s'aflurerde ceus de fa Nation ,.il leur demandât quelques vns de leurs en- fans en otage. Cet homme qui avoic le raisonnement beaucoup meilleur* & le iugement beaucoup plus vif que. l'ordinaire des Sauvages 9 répondit aufli-tôtjqu il faloit faire la condition égale : & que s'ils donnoient de leurs enfans aus François , il étoit iufte auffi que les François leur en donnaf- îent des leurs. Il prefenta fur l'heure à Monfieur Auber 5 quelques vns de fes enfans qui l'avoient accompagné: Et Monfieur Auber prenant l'occa- fîon,& acceptât l'offi e.choifit entr'eus tous vn jeune garçon 3 qui avoit vn air plus agreable>vne façon plus atra- yante , en vn mot ie ne fay quoy de plus aimable que fes autres Frères. Le Père accorda fon fils,& le fils don- na fon confentement à demeurer avec Monfieur Auber > fans aucune répu- gnance. Ce qui eft bien confidera.ble parmi des Sauvages. Il s'apelloit lama- laboiiy.'Oès ce iour-là Monfieur Auber le traita corne fon fils * 6c ne le ncm-

moit

$o Histoire Morale moit point autrement. Auiîï le jeune garçonne foncoté,l'appelloic fon Pè- re. Il ne paroifibit point contraint dans (es habits 5- lors quai fut habil- lé : & il n'eut pas beaucoup de peine às'acoutumer à nôtre faflbn de vivre. Le Capitaine Baron demandoit de fa part y en échange de fon fils , vn des ils de Mademoifele Auber s qui avoic été mariée en premières Noces à feu Monfîeur du Pleffis y &c qui Tétoit en fécondes à Monfieur Auber. Mais Monfieur Auber ayant représenté à ce Capitaine» que le Ieune du Pleffis étoit d'vne nature trop délicate pour ° pouvoir fuporter la faffon de vivre des Caraïbes , il le fe confentir à ac- cepter en otage y au lieu de luy 3 lVnr defes ferviteurs qui s'ofroit volon- tairement à lefuivre. Ce jeune hom- me qui étoit dVne forte complexion» demeura quelques mois avec cqs Sau~ vages^qui le traitoientavec beaucoup. de douceur. Mais foit que le change- ment d'air ou le changement de nour- ritureveût altéré fa bonne difpofition, il tomba malade quelque tems après.-

Ce

bés ÏÊÉs Anïieêês. $p Ce que le Capitaine Barô ayant aper- ccxiyôc craignant que s'il mouroit en* tre leurs mains y il n'en reé:ut du re-

. s-

proche* il le ramena à Mofieur Auber avec grand foin 5 fans luy demander vne autre perfonne en fa piace5difant» que pour otage il ne vouioit que la parole de fon Côpere. Il eft vray qu'il folicita fon fils à retourner-.mais il ne put l'y induire3le garçon difàt* qu'il fe trouvoit beaucoup mieus avec Mon-; fieur Auber, qu'avec fon Père.

Le Capitaine Baron > ayant laide h la Gardeloupe vn fi piecieus gage3 prenoit fouvent occafion de vifiter Monfieur Auber * & par même mo- yen de voir fon fils : Et fe fentant in- finiment redevable à Monfieur Auber detant de biens qu'il recevoit de luy5 ôc fingulierement de l'afedSion fi ten- dre qu'il portoit à fon fils , lequel il avoit en otage > il chercha les occa- sions de luy en témoigner quelques reconnoUîances. Il s'avifa donc 3 de luy déclarer que durant les guerres que ceus de fa Nation avoient eues conue les François commandez par

Monfieur

$1 Histoire Morale Monfieur de l'Olive, il avoit fait fou prifcnnier de .guerre vn jeune hom- me François , à qui il avoit donné la vie, par ce qu'il avoit été autrefois au fervice de Monfieur du Pleffis fou Compere:Et qu'il y avoit prés de trois ans qu'il le tenait dans vue honnête liberté 3. bien qu'ayant été pris les ar-; mes en main,& dans la chaleur du cô- batj.il eut pu le faire mourir.Mais qu'il n'avoit pas voulu vfer de rigueur, en confideratiô de l'ancienne amitié^qu'il ayoit eue autrefois avec Monfieur du Pleflîsjà la fuite duquel il fe fouvenoit d'avoir veu ce François. Monfieur Au- ber y ayant compailion de ce pauvre jeune homme3pria le Capitaine Baron de le luy vouloir ramener. Ce qu'il luy accorda volontiers : .& peu de jours après il facisfk à fa promeut & celuy qui avoit été, délivré par ce moyen* a demeuré dépuis à la Gardeloupe^fort. long-tems.

Ce genereus Capitaine , ne fe con- tentant pas d'avoir ainfi obligé Mon- fieur Auber,& relâché à fa conlidera- tion fon prifonnier ? luy donna avis,

qu'vn

des Iles Antilles. 95 <juVn ancre Capitaine de la Domini- que avojt encore vn François en fa maifon, auffî prifonnier de guerre, & s'offrit de s'employer auprès de ce Ca- f itâine,pour le faire mettre an liberté. Ce qu'il exécuta avec vne fidélité & vne affe&ion nonpareille , ramenant peu de jours après cet autre prisônier, qui fe nommoit leanlardin.Qe jeune homme ayant beaucoup d?efprit,avoic gaignéles bonnes grâces , non feule- ment du Capitaine dont il étoit le pli- fonnier,mais de tous les Caraibes.qiii luy portoient autant d'afeetiô,que s'il eût été de leur Natiô même.Et il avoit la mémoire fi heureufe , qu'il avoit apris leur langue en perfection.

Monfieur Aubcr,ne pouvant foufrir que le Capitaine Baron l'emportât fur luy en bons offices,&en témoignages défection > outre les prefens qu'il luy faifoit tous les jours, ôc l'amitié fincere qu'il luy montroit en partiçulieravou-. lut auffi obliger toute fa Natiô.Cc fut lors que ce Capitaine devoit aller en guerre, cotre les Aroiiagues qui habi-. ^et en rile de la Trinités que pour ce

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94 Histoire Morale deflein, il eue fait m armement ex- traordinaire. Car ce brave Sauvage* étant yenu dire adieuà Monfieur Au- ber avant que cfe partir pour cette expédition. Monfieur Auber luy don- mpom mettm dans fes troupes vn de Ces ferviteurs domeftiques , qui é- toitfon giboyeur , nommé DesSerif Jiers, qui fouhaitoit depuis long-tems de fe trouver aus combats de ces Sau- vages : Et il le pourveut de bonnes armes à feu ,& de toute la munition JieceOàire pour Ven^bien fervir. Le Capitaine Baron fet ravy de cette fa- veur^ levant acceptée avec joye 3 la fit ionner bien haut parmy ceus de fa iNation.Ce volontair^fuivit de grand cœur ce Capitaine : 8c s'étant embar- que il fut au CQmbat contre ks Aro- iiagues de l'Ile de la Trinité, avec vne puiflinte armée de Sauvages de toutes les Iles AntillesjEn cette rencontre il fit tout ce qu'on pouvoit atendre à3 va vaillant Soldat:& comme il étoit très- bon fufelier, il tua & bleÛa tant d'A- roiiagues-3 qui n'étoient pas acoutu- m$z à fentir l'éfet des armes à feu,

qu'enfin

des Iles An tille s. 9$ qu'enfin ils lâchèrent le pied , & s'é- tant retirez dans Les montagnes 9 laif- lerent le champ de bataille aus Carai% bes viâorie^is.. Dépuis,, des Seriffiers, paflbit parmy ceus de cette Nation pour vn grand Capitaine 5 fk ils ne pouvoijpnt ailes admirer la bonté de jMonfieur Auber 3 qui s'étoit volon- tairement privé du fer vice qu'il pou- voit attendre de ce jeune homme> pour le prêter à leurs troupes. Nous avons d'original toutes ces par-ticula- sritez * &c Monfieur Auber luy même en eft garent.

Pendant tout le teins que Mon- fieur Auber a gouverné l'Ile de 1$ ■Gardeloupe ^ la paix qu'il avoit faite avec les Caraïbes a été inviolable- ment entretenue de part & dJautre3au grand profit des deusNations.Car les Sauvages par cet accord avoient mo- yen de traiter avec les François > de coign.éesjde ferpes^de couteaus, ôc de plufieurs autres outils &: marchandises qui leur étoient neceffaires : Et les François > recevoient d'eus en éc^an- géodes Porceausades Lézars^des Tor- tues

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95 Histoire Morale tues de Mer , & vne infinité d'antres poillbns, Se d'autres rafraichiiîèmens, qui leur aportoiènt vn fingulier avan- tage. De forte , que les Caraïbes é- toient comme les Pourvoyeurs des François, qui travailioient cependant en leurs habitations avec affiduité & feureté.

CHAPITRE IV.

P0 7V^ c^ <^ Occupations des Habitans Etrangers du Pais: & premièrement de la culture & de la préparation du Tabac.

EN toutes les Antilles,l'argent n'a point de cours pour le trafic ordi- naire , mais il fe fait par échange des Marchandifes qui croiflent au païs, contre celles qui viennent de l'Euro- pe i foit qu'elles confident en habits en linge , foit en armes ou en vi- vres, ôc en autres commodités necef- faires pour paifer la vie avec douceur.

Et

des Iles Antilles. 97 Etc'eft ce qui fe pratiquoit chez tous les peuples, avant l'vfage de la mon- noye,8c qui fe voie encore autourd'- huy enplufieurs Nations Sanvages,&: mefmedans la Colchide , chacun porte au marché ce qu'il a de trop, pour avoir de ce qu'il n'a pas.

Les Magazins qui fe voyent en ces Iles y font ordinairement fournis de toute forte de Marchandifes qui font amenées de France > d'Angleterre, de Hollande , & de Zelande , auflî abondamment qu'en lieu du monde. Le prix de chaque marchandife, n'eft point laiffé à la liberté des marchans qui tiennent les Magazins.mais il eft mis à chaque forte , par Meffieurs les Gouverneurs > de l'avis de leur Con- feil. Les marchandifes, que les habi- tans prefententèn échange en toutes ces Iles , fe reduifent a cinq efpeces principales/avoir au Tabac,au Sucre* au Gingembre, à l'Indigo^ au Cot- ton.

Au commencement, tous les habi-

tans étrangers des Antilies s'adon-

noient à la feule culture du Tabac,

Tarn. Il g qui

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5)8 Histoire Morale qui les faifoit fubfifter honorable- ment. Mais depuis que la grande a- bondance qu'on en a fait en a ravallé le prix, ils ont planté en plufieurs en- droits dés Cannes de Sucre* du Gin- gembre y ôc de l'Indigo : Et Dieu a tellement beny leurs defleins , que c'eft vne merveille de voir avec quel £uccés> toutes ces marchandifes croif- fent en la plupart de ces Iles, Et dau- tant que plufieurs qui les voient en l'Europe > ne favent pas la façon que Ton apporte à les préparer 5 il fera à propos pour contenter leur curiofité, de parler icy de chacune ; Se nous y joindrons vn mot du maniment du Cotton.

Il eft vray 5 que ces matières ont efté déjà tramées par divers Auteurs, Mais outre que noftre Hiftoireferoit ineomplette Se defedueufe fi nous les pallions fous filence a nous pouvons dire icy premièrement avec fineerité* que tout le difeours que nous en al- lons faire n'eft pas vue copie > ou vne imitation de quelques autres^mais vil véritable original ., tiré au naturel

avec

des Iles Antilles. 09 avec tous le foin , & toute la fidélité poffible. De forte ; que fi nous difons [es mêmes chofes , que 'd'autres ont dites avant nous : l'on ne doit pas ê- tre marry de voir icy la confirmation dVne vérité qui vient de fi loin , Se dont on ne fauroit avoir trop d'aflu- ranec. Et fi ce font des chofes con- traires , elles pourront fervir à faire voir la faufieté de celles qui leur font oppofées : ou du moins, elles prouve- ront qu'en tous lieus on ne fuit pas fi exa&ement vne même métode en la préparation de œs marchandises, qu'il ne s'y remarque fou vent quel* que petit changement. De plus, nous7 efperonsauffi,que quelque, vns trou- veront peut-eftre dans les descriptions •■ fuivantes, quelque exadfcitude Se quel- que clarté, qui ne leur déplaira pasy&- que même ils y rencôtreront quelque chofe de nouveau , qui n'a pas enco- re été remarqué ni produit par' les Àu- teurs.Apres tout,nous fupplions ceûs |ui croiront ne rien trouver dans ce Chapitre , ni dans le fuivant qu'ils ne achent , Se qui puilîè ou les ihftruire, E 2 ou

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ioo Histoire Moràie ou les divertir , de pafler outre 3 fans blâmer nôtre diligence 3 &c notre pê- ne , & de permettre que nous écri- vions cecy pour d'autres 3 qui pour- ront en recevoir de Tinitruétion , ou» dudivertiflement.

Pour avoir de beau & bon Tabac, an prépare premièrement en faifon propre des couches en divers endroits des )ardins5qui foiét à l'abry des vens. On jette deitus la graine qui a été re- cueillie des tiges de Tannée précéden- te e, que Ton alaiffé croiftre & meurir pour fervir à cet vfage. On raefle de la cendre avec la graine quand on la ferne , afin qu'elle ne tombe pas trop épais en de certains lieus. Quand elle commence à lever , on la couvre foi- gneufement de feiiilles de Palmifte épineus,oude branches d'Oranger ou de Citronier , pour la garantir des ardeurs du Soleil ) du froid de la nuit, & du degaft que les volailles dome- ftiques & les Oifeaus y pourroient faire.

Pendant que la plante croit>& déviée en état d'être tranfplantée , on prépa- re

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£>es Iles Antilles, ici ïe la place necefïaire pour la recevoir. Si L'habitation eft nouvellement éta- blie , il faut avoir long-tems aupara- vant abattu le bois, & brûlé les bran- ches fur la terre & fur les fouches pour les faire mourir. Que s'il y en refte encore , il faut tirer avis lizieres tout ce qui n'a pas été brûlée afin que la place (bit libre, li eft vray 5 qu'il n'eft pas befoin de labourer la terre, ni de la renverfer 8c remuer profonde- ment > mais il en faut feulement arra- cher toutes les méchantes herbes , Se la nétoyer fi foigneufement qu'il n'y refte ni bois , ni écorce , ni feuille, ni le moindre brin d'herbe.Pour cet effet on fe fert de Houëes larges & tran* chantes, qui pèlent de écorchét la fur- face de la terre, & au befoin extirpent la racine des herbes , que Ton craint devoir pulluler de nouveau.

Apres qu'on a préparé la terre en cette forte , on la partage &divife eu plufieurs filions, éloignez de deus on trois pieds l'vn de L'autre en égale diftance. On fe fert pour cela des grands cordeaus , qui font marquez E 3 de

■toi Histoire Morale de deus en deus pieds , ou environ 3 a- vec vne petite pièce de drap de cou- leur5qui y eft coufuë, Et puis on fiche de petis bois pointus, en tous les lieus de la terre,où ces marques répondent:. Afin que quand le tems de tranfplan- ternie jeune Tabac arrive, qui eft ce- luy auquel Dieu envoyé vne bonne ptoye_, on n'ait rien à faire qu'à plan- ter 5 lans s'amufer à former les com- partimens du jardin.

La plante de Tabac eft en état d'ê- tre levée deflîis fa couche , quand elle a quatre ou cinq feuilles allez fortes & épaifles , de la largeur de la paume de la main. Car alors s'il arrive que la terre foit arrofée d'vne agréable pluye , tous ceus qui font foigneus d'avoir de beau Tabac en la première faifon y ne craignent point de fe mo- uiller , pourveu qu'ils en mettent beaucoup en terre. On voit tous les bons ménagers en vn agréable em- preflement dans leurs jardins, les vns s'occupent à choifir &: à tirer la plan- te de defïus les couches , & à l'arran- ger en des paniers : les autres la por- tent

BES Ï3LES AtfTILlE'S. ÏO|

t€nt à cens qui la doivent planter en tous les li@usyq.ui ont été auparavant inarquez au cordeau* comme nous a- vons dit. *

Ceus qui ont la charge de planter^- font vn trou avec vn bois pointu 3 à chaque endroit marqué^oè ils mettét ia racine du Tabac : puis ils ramaiïent &c preffent tout autour la terre^en telle forte neantmoins que l'œil de la plan- te ne foit point couvert. Ils font ainfî le long de chaque rangée. Puis ils en recommencent vue autre. Apres qu'ils ont finy cet exercice, la première fois que les voifins fe rencôcrent, leur en- tretien le plus ordinaire,eft de s'infor- ïner les vns des autres, côbien ils ont miïs de milliers de plantes en terre; & fur cela chacun fonde l'efperance de fa future récolte,

La plante étant niife en terre;ce qui fe fait ordinairemét à diverfes reprifes, à caufe que la pluye ne vient pas aifez abondâment pour le faire tout à coup, ©u bié parce que la terre n'eft pas pré- parée à même tems, ou qu'on n'a pas alfez de plantes , on ne la laiffe pas à E 4 l'abandon

304 Histoire Morale l'abandon. Ce n'eft que le commen- cement du travail & des foins qu'il y faut apporter.Car il faut être foigneus de la vifiter fouvent:& auffitôt qu'on a remarqué qu'elle a pris racine, il faut prendre garde que les vers % les chenilles , & autres infe&es qui four* millent en ces païs-là , ne la rongent & ne l'empêchent de croitre.

Il faut enfoite tous les mois arra- cher les mawvaifes herbes qui la pour- r oient étouffer /fareler toute la terre, & porter les herbes qu'on a enlevées, à la liziere , ou bien loin du jardin: car fi on les Laiflbit en la place d'où elles ont été tirées ,.la moindre pluye leur ferott prendre de nouvelles raci- nes , & elles fe releveroient bientoft. L'herbe la plus importune , & que Ton a le plus de peine à bannir des jar- dins,c'eft le Pourpier,qui ne croift en France que par les foins des lardi- niers. On continue cet exercice , }uf- ques à ce que la plante du Tabac aie couvert toute la terre voifine, de que fon ombre empefche toutes les autres Jberbes nuifîbles de fe pouvoir élever.

Cela

des Iles Antilles, icy Cela fait * on n'a pas encore de re* pos y parce qu'à meiure que la plant le hauiïè & s'élargit 3 il faut luy rcc trancher les feuilles fuperftue's , ar- racher celles qui font féches^pourries^ ou viciées,& la rejettonner, corne on parle > c'eft à dire, emonder les petits rejettonsaqui l'empecheroient de ve- nir en perfection , en tirant le fuc des plus grandes feuilles. Enfin quand la Tigeeft creu'é d'vne hauteur conve- nable , il faut l'arrêter en coupant le fommet de chaque plante , hormis de celles qu'on veut conferver pour err avoir ,1a graine* Apres toutes ces fa- çons T la plante demeure quelques fe- maines à meurir : pendant quoy elle; donne quelque trêve au foin affidu qu'on en a pris jufques alors. .

Mais fi l'on ne travaille autour d'el- le ï il luy faut préparer la place pro- pre pour la mettre à couvert quand' elle fera meure. On doit prendre gar- de que la grange elle doit être médiocrement féchée > foit bien cou. verte * & fermée de tous coftezjqu el- le foit fournie de pluficurs perches; E 5 propre?

■^»rn»n

10$ Histoire Morale propres pour la pouvoir (ufpendre^ qu'on aie bonne provifion de certaines écorees déliées que l'on tire d'vn ar- bre appelle Mahot, pour attacher cha- que plante fur les perches ; & que la, place pour tordre le Tabac quand il ïera fec^ foit en bon ordre.

Pendant que lJon fait tous ces pré- paratifs, fi les feuilles du Tabac quit- tent vn peu de leur première verdure,, qu'elles commencent à fe recourber vers la terre plus qu'à l'ordinaire , 8c que Fodeur en devienne vn peu plus- forte , c'eft figne que la plante eft ea maturité. Et alors il faut en vn beau jour, après que la rofée eft tombée de deffus , la couper à vn pouce prés de terre ,, & la biffer fur la pkee juf- ques au foir , la retournant vue fois ou deus , afin que le Soleil defféche vne partie de fon humidité. Sur le foi& ©n la porte a pleines braflees fous le couvert; On l'attache par le bas de 1& tige aus perches , en telle forte que le feuilles panchent contre bas. Il ne faut pas auffi , qu'elles foient par trop p reliées les vues contre les autres,,

da

des Iles Antilles. 107 de crainte qu'elles ne fe pourrifTent^ou qu'elles ne puiflfent lécher faute d'air.

Cette première coupe du Tabac étant achevée y on vilîte fouvent les plantes qui féchenty tandis que les au- tres que Ton a encore laiffées furie pied meurillent. Et lors qu'on apper- çoit qu elles font en état d'être torfes3 ( nos gens des Iles difent torquêes ) c'eft à dire qu'elles ne font ni trop féches y car elles ne poutroient fouf- frir le maniaient de la roue : ni auffi trophumides > car elles pourriroienc en peu de tems:on les détache des per- ches y on les arrange à vn bout de la grange ,-& on dépouille chaque tige de toutes les feuilles en cette forte,

On mec premièrement à part les plus longues &: les plus larges feuil- les, & on arrache la groffe cofte qui eft au milieu de chacune : les habi- jBans appellent cela éjamber. Les peti- tes Feuilles font mifes auffi de cofté» pour être employées au dedans de la £orde du Tabac ;;. & les grandes leur fervent de couvertures & de robes, Ces feuilles ainfi difpofées , font arl £ G rangées

1

!

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ïoS Histoire Morale rangées fur des planches ou des ta- . blesj à coftéde celuy qui les doit tor- dre 3 Se faire la corde , telle qu'on la voit fur les rouleaus que Ton envoyé par deçà.

Il y a de i*induftrie à tordre le Ta- bac : 6c ceus qui le favent faire avec diligence Se dextérité , font fort efti- mez,& gagnent beaucoup plus y que ceus qui travaillent à la terre. Il fait qu'ils ayent la main & le bras extrê- mement fouples Se adroits>pour faire tourner le rouët avec la viteffe c^ la proportion neceflaire, pour rendre la filure de même grofleur par tout.

Ceft auffi vue adrefle particulière en fait de Tabac 3 de favoir bien dif- pofer y arranger > Se monter , comme parlent les maures, vn rouleau fur les baftons 3 qui doivent tous êcred'vne certaine gro fleur & longueur y pouir éviter la tromperie.

Quand le Tabac eftainfi monté5on le porte au Magasin, Se on le couvrq de feuilles de Bananier ou d'autres, de peur qu'il ne s'évente3ôc afin qu'il prenne V|ie belle couleur» Celuy qui

des Ixes Antilies. 109 a la coupe grafle , noiraftre , &c tari- fante , & l'odeur agréable de forte,&: qui brûle facilement étant mis à la pipe, eft eftiméle meilleur.

Nous avons dit , que la plante de Tabac fe coupoit entre deus terres* 3c ne s'arrachoit pas : Ce qui fe fait à deffein , afin que la racine puifie rc- poufler.Et en effet elle produit vue fé- conde plante, mais qui ne devient pas fi forte ni fi belle que la première. Le Tabac que Ton en fait , n'eft pas auf- fi û precieus ,- ni de fi bonne garde. On le nomme , Tabac de rc)etton> ou de la féconde coupe* ou levée. Quel- ques vns tirent dVne même fonche, jufques au troiiîéme rejetton. Et c'eft ce qui décredite le Tabac > qui vient de quelques Iles.

Puifque nous nous fomtnes tant étendus fur la manufacture du Tabac* il ne faut pas oublier ce qui fe prati- que par quelques Curieus , pour le rendre même plus excellent que celuy qu'on nome de Verine,de bône garde, & d'vne odeur qui fortifie le cerveau, Après qu ou a mis à part les plantes

de

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f IG BiStOME MoHAïlE

de la première coupe 3 &c pendant" qu'elles féehent à la percheron amaflTa douces les feuilles de rebut 3 les pecis reje£tons*5 comme aufïl les filarnens qu'on tire du milieu des feuilles, qui ont été déjà émondées,qu5on appelle communément^ jambes de Tabac, Et après les avoir pilées en vn mortier* on met tout cela dans vn fac^que Ton porte fous la preiîe pour en exprimer le fuc, lequel on fait puis après bouil- lir fur vn feu médiocre 3 jufques à ce ;1 qu'il foit réduit en confiftance de fyv rop. Puis après il faut mêler en cette deco&ion vn peu de Gopal 5 qui elt vne gomme aromatique^qui a la ver- tu de fortifier le cerveau>laquelie coup- le dVn arbre de même nom, qui eft commun en la terre ferme de F Améri- que^ aus Iles du Golfe d'Hbndures, Après qu'on a verfé cette drogue en la composition y\\ la faut bien re- muer^afin que fa bonne odeur , &fes autres qualitez y fe communiquent Si fe répandent par tout. Puis il la- faut retirer du feiv&: quand elle eft re* feaidia^ la mettre dans vn vaiiïeaus

grés-

des Iles Ântiêêes, ïï*t prés du Tordeur de Tabac : & il faut qu'à chaque poignée de feiiilles qu'il' met en œuvre > il mouille fa main dans cette liqueur ? ôc qu'il reiïuye fur les feuilles. Cet artifice x a vn efet admirable pour rendre le Ta- bac , & de bonne garde 5 8c d'vne vertu qui luy donne vn pris extraor- dinaire.

Le Tabac ainfî compofé doit être t ordu gros du moins comme le pou- ce 5 & mis en fuite en petisrouleaus de la pefanteur de dix livres au plus-, puis envoyé en des Tonneaus ou en des Paniers faits à deflein y pour le mieus conferver. Quelques habitans des Iles ayans eflayé ce fecret 3 ont fait paffer leur Marchandife pour vray Tabac de Yerine > & l'ont débitée au même prix.

Ceusqui s'imaginent que le Tabac croift fans peine, &: que l'on en trou- ve ^ par manière dédire, les rouieaus attachez aus arbres de l'Amérique, .■ d'où il ne faut que les fecouër pour les ramaffcr en fuite lors qu'il font torn^ bez- 9 ou qui du moins fe gerfoadent,

qu'il

m Histoire Morale qu'il ne faut pas beaucoup de faiîod ni. de peine pour les remettre en leur perfedion , feront defabufez , s'ils jettent les yeus fur cette relation de la culturel de la préparation du Ta- bac. Et nous pouvons ajouter ., que s*ils av oient veueus-mêmes, les pau- vres ferviteurs & les Efclaves qui tra- vaillent à ce pénible ouvrage^expofez la plus grande partie du jour ans ar- deurs du Soleil * fk occupez plus de la moitié de la nuit 3 à le mettre en 1 état auquel on l'envoyé en l'Euro- pe 3 fans doute, ils eftimeroient da- vantage y & tiendroient pour pre- cieufe cette herbe 3 qui eft détrem- pée par la fueur de tant de miferables- créatures.

Il n'eft pas befoin d'ajouter icy ce que les Médecins écrivent des mer-» veilleùs effets du Tabac > veu que ce- la eft proprement de leur fait, ôç qu'il fe trouve allez amplement dans leurs livres. Nous dirons feulement qu'il faut bien que fes vertus foient gran- des 5 puis qu'il a fon cours par tout le Mo&de > Se que prefque toutes les

Nations

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bes Iles Antilies, iij Nations de la Terre, tant les civilifées que les Barbares , luy ont fait vne ré- ception favorable , ôc en ont confeil- l'vfage. Que fi quelques Princes Font interdit en leurs Etats, de crain- te que l'argent de leurs fujets , qui i leur eft rare & precieus , ne s'en aille en fumée , ôc ne s'écoule de leurs mains , pour vne chofe qui n'eft pas neceiîaire à l'entretien delà vie, il n'y a toutefois perfonne , qui ne luy doive permettre au moins , de tenir place entre les Drogues ôc les remer- cies de la Médecine.

Les délicats ôc les curieus , parmy les Peuples qui habitent des contrées chaudes, le tempèrent avec de la Sau- ge , du Romarin, ôc des fenteurs qui luy donnent vne odeur fort agréable: Ec après l'avoir réduit en poudre , ils l'attirent par les narines. Les Nations qui habitent des pais froids , n'enin- terdifent pas l'vfage ans perfonnes de condition : ôc c'eft même vne peife- <5tion, ôc vne galanterie entre les Da- mes de ces pais- , de favoir tenir de bonne grâce vne pipe , le tuyau de

laquelle

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SWSÏ!

1ï4 HiSTdrïRfi Morale laquelle §ft de coral ou d'ambre, & h tefte d'argent ou d pi : M de rendre la fumée de cette herbe' fans faire au- cune grimace,& la pouffi* hors de la bouche à diverfes réprifcs > qui font paroiftre autant de petites vapeurs,- dont la couleur brune,rehauile la blâ- ehettr de leur teint. La compofition que nous avons- d'écrite pour rendue le Tabac de bonne odeur x fera bien f eceuë è fans d-oute^parmy ces pêrfon- Bes, qui trouvent tantd'agréement & de delica telle en cette fumée*

Au refte.on ne iauroit dire la qua- lité de Tabac qui fe tire tous les ans de la feule Ile de Saint Chriftofle : & c'eft vne chofe merveilleufe que de- voir le nombre des Navires d'e'Frâce»; d'Angleterre^e Hollande, & particu- lièrement de Zelande, qui y viennent en- trame , fins qu'aucun s'en retour- ne à vuide.. Auffi le commerce que cette dernière Province a toujours en- tretenu en cette lie & aus Iles voifi- nes3a fait de riches & piriffantes mai- sons àMiddelbourg &c à Fleffingues* Et encore à prefentle principal trafic . ' de-

frorew W^Vl ïv

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DES IlES ÂNTIÏ.IES* iTf

de ces deus Villes > qui fondes pins eoniïderables de la Zelande,fe fait en? ces Iks,q,ui leur font ce que les Mines au Pérou font ài'Efpagne.

CHAPITRE V.

Pc h manière âe faire le Sucre % de préparer le Gingembre ï Indigo $ le Gotton.

A Prés que la grand© abondance de Tabac que Ton faifoit à Saint Chriftofie * ôl aus autres Iles3 en eut tellement ravalé le pris > qu'on n'y frouvoit plus fon conte. Dieu mit au cœur de Monfîeur de Pôincy Ge- neral des François de tenter d'autres moyens > pour faciliter la fubfiftance des Habitans y & pour entretenir le commerce. Et fa Prudence luy ayant fuggeré d'employer fes ferviteurs <3£ fes e(claves à la culture des Cannes de Sucre 3 & du Gingembre, & de Flndigo 5 ce defiTein a efté fuivy d'vne telle beaedidion , que c'eft vne mer- veille

I

1

ii6 Histoire Morale veille de voir , quels en ont efté les heureus fuccés.

Si la plante de la Canne de Sucre à efté connue à l'Antiquité , an moins l'invention d'en faire le Sucre ell nouvelle. Les Anciens l'ont ignorée, auffi bien que le Sené,la CarTe, l'Am. bre-gris , le Mufc , la Civette, & le Benjoin.ïls ne le (en/oient de ce pré- cieux roieau qu'en bruvage & en Me- decine.Et nous pouvons oppofer tou- tes ces chofes,avec beaucoup d'avan- tage , au'ffy bien que nos Horloges, nôtre Bouilole, & nôtre artdenavû ger,nos Lunettes d'approche , nôtre Imprimerie , nôtre Artillerie, .& plu- fleurs autres belles inventions des ces derniers ilecles * à leur teinture du vray Pourpre, à leur verre malléable, aus fubtiles Machines de leur Archi- mede,& à quelques autres femblables. Ayant donné au Livre précèdent la defcription de la Canne de Sucre, il ne nous refte qu'à reprefenter la ma- nière, dont on s'en fert pour faire le Sucre.

En décrivant la magnifique maifoii

de i

dbs Iles Antilles. 117 de Monfieur le General de Poincy, nous avons dit que fa baffe-cour eft enric" :^ de trois Machines ou Mou- lins propres à brifer les Cannes de Sucre. La Fabrique de ces Moulins eft de bois plus folide , plus élégante* plus indufirieufe, mieus ordonnée, &C plus commode, que celle des Moulins qu'on voit à Madère &c au Brefil. Il n'eft pas a craindre icy,comme en ces Ijeus-là, que le feu gagne les chaudiè- res bouillantes, & allume vn déplora- ble embrafement , qui caufe fouvent la mort de ceus qui travaillent aus environs. Car on voit bouillir œs Chaudières , fans appercevoir le feu, qui s'allume, s'attire, & s'entretient par le dehors, dans les fourneaus, qui font bien cimentez,quç ni la flam- me , ni la fumée n'empefche aucune- ment ceus qui font occupez à ce tra- yail>d'y vaquer sas crainte d'aucun pe- pi, & fans en recevoir d'incômodité. Outre ces trois Moulins que Mon- sieur le General a devant fon Logis de la grande montagne , il en a fait faire

trois

à

iï8 ^ Histoire Morale trois à Gayonne, qui eft vn des quar- tiers tenus par nofire Nation en la même Ile : IVn déquels > au lieu que tous les autres font tournez par des oœufs.ou par des cheyaus,èft conduit par la cheute dVn gros ruiffean d'eau vive.quimnt ramaifée dansyn grand reiervoir è Se de-là tombant fur vne grande roue* à feaus^Fait mouvoir tou- te la Machine.

A l'exemple de Monfieur le Géné- ral 5 les principaus Officiers Ôc Habi- tans de 111e de S. Chriftofle, ont auffi fait édifier des Moulins à Sucre. De forte qu'en cette feule île , on conte auiourdJhuy beaucoup plus grand nombre de^ ces Machines , que les Portugais n'en ont bâty iufques à pré- sent à Madère. Les principaus après ceus de Monfieur le General , fe vo- yent aus habitations de Meilleurs de Lonvilliers , de Treval , & de Bené- vent. Et après ceus là, Monfieiir raud en a trois en divers quartiers de nie 3 il aile belles ôc de grandes habitations 3 Monfieur de la Rofiere, Monfieur Auber.Meffieurs TEfperan-

ce*

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a&bsgsam

£>es Iles Amtixies. 119* ce, de Beaupré , de la Fontaine-Paris, 3c la Roche, qui font tous Capi- taines dans la même Ileren ont pareil- lement fait baftir , comme aufly Mef- ileurs Bon-homme , de Bonne- Mère* cte la Montagne , Belletefte , 3c Guil- lou , qui font des principaus &" des plus confiderables Habitans. Les An- glais en ont auffi plufieurs en leurs quartiers, qui font parfaitement bien faits* -

Quand ces Cannes de Sacre font meures,on les couppe entre deus ter- res^au deffus du premier nœud qui eft fans fuc , & après leur avoir ôté le Commet , 3c les avoir purgées de cer- taines petites feuilles , longues de ex- trememlt déliées, qui les environnée, on en fait des faiffeaus, que l'on porte au Moulin , pour y être prenez &: é- crafez , entre deus rouleaus garnis de bandes d'acier , qui fe meuvent Fvn fur l'autre , à mefure que la Machine eft ébranlée , parl'impreffion qu elle reçoit dVne grande roue , qui la fait tourner.

Le Suc qui en découle] eft reçeit

dans

no Histoire Morale dans va grand baffin ou refervoîry d'où il fe répand par de longs canaus dâs les vaiffeaus.qui sot deftinez pour le faire boiiillir.Dans les grandes Su- creries,il y a du moins fix chaudières, dont il y en a trois fort grandes , qui font de cuivre rouge, & de la largeur & profondeur de celles des Teintu- riers , 5c qui fervent à purifier le Suc qu'on doit faire bouillir à petit feu,en y méfiant de tems en terns,d'vne cer- taine leffive extrêmement forte 3 qui luy fait poufler en haut toutes les im- mondices y qu'on enlevé avec vne grande écumoire de cuivre. Apres que ce Suc eft bien purifié dans ces trois chaudières, par il paife alter- nativement on le coule par vn drap, &enfuitteoti leverfe dans trois au- tres chaudières de metal.qui font fort épaiiles -y affes amples & profondes dVn bon pied & demy ; c'eft dans ces chaudières ce Suc reçoit fa demie* re cnifon , car on luy donne alors vn feu plus vif, on le remue inceiTam- mënc-, & quand il élevé fes bouillons vn peu trop haut,& qu'on craint qu'il

ne

**rkVé<S

des Iles Antilles, ni lie répande hors de ces chaudières, on rabaiflc fa ferveur en jettant dedans vn peu d'huile d'olive , ou de beurre, & à mefure qu'il s'epaiffit, on le ver- fe en la dernière de ces chaudières, d'où quand il commence à fe figer,ii eft mis dans des formes de bois ou de terre, puis il eft porté en des galleries, on le blanchie avec vne efpece de terre grafte , détrempée avec de l'eau, qu'on étend deilùs , puis on ouvre le petit trou,qui eft au défous de chaque forme^fin que tout ce qui refte d'im- modices dans le fucre, coule dans vn canal, qui le porte dans vn vaifleau, qui eft préparé à cet vfage.

La première écume qu'on enlevé des grandes chaudieers, ne peut fer vit qu'au bétail, mais l'autre eft propre pour faire le bruvage des ferviteurs de des Efclaves. Le Suc qui eft tiré delà Canne ne peut durer qu'vn joar,& fi das cetems-là il n'eftcuit,il s'aigrit &C le change en vinaigre.il fautauffi ap- porter vn grand foin, à laver fouvent le refervoir qui conferve le fuc qui eft exprimé , & les canaus par oit Tomm/L F il

122. HISTOIRE MoRAlE

il parte, car s'ils avoient contra&é de l'aigreur, le fuc ne fe pourroit réduire «en fucre. On gâteroit auffi tout l'ou- vrage, fi dans les trois grandes chau^ dieres qui doivent eftre arrousées de leffive^on y jettoit du beurre ou d'hui- le d'oliue , ou fi dans les trois petites le fuc fe forme en fyrop & en grain par la force du feu , & par l'agitation continuelle qui s'en fait avec vne pa~ lette,on verfoit tat foit peu de leffive. Sur tout il faut bien prendre garde de ne point biffer tomber de fuc de Ci- tron dans les chaudières: car cela em? pécheroit le fucre de Ce former.

Plufieuts hufbitans qui n'ont pas h moyen d'avoir tant de chaudières > & de ces grandes machines pour brifer leurs Cannes , ont des petis moulins qui font fais comme dtes preiïbirsjqui font conduits par z.ou $.hommes3on par vn feul cheval, & avec vne ou 2, chaudières , ils purifient le fuc qu'ils ontexprimé.lereduifenten confiftan- ce de fyrop | &c en font du bon fucre, fans autre artifice.

Le plus grand fccrst pour faire de

bon

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des Iles Àntillïs^ mj bon Sucre, confifte à le favoir blan- chir : Cens qui ont la conduite des Sucreries de Monfieur le General, le favent en perfe&ion , mais il ne le communiquent pas volontiers. De ce que deflus on recueille , quel eft l'a- vantage & le profit fingulier qui re- vient ans habitans de cette Ile, par le moyen de cette douce , & peecieufe marchandife : Et quel contentement reçoivent nos François de voir croî- tre en leur terre , & fi grande abon- dance , & avec fi grande facilité , ce qu us n avoient auparavant que par les mains des étrangers , & à grand prix d'argent.

Cette abondance de Sucre , leur a donné envie de confire vne infinité d'excellens fruits,qui croifïent en cetc Ile: tels que font les Oranges,les Li- mons , les Citrons , 3c autres : mais ils reuffiflent fur tout au Gingembre, dont nous parlerons incontinent , 8c en l'admirable confiture qu'ils font du fruit de l'Ananas,&des fleurs d'O- ranges & de Citrons. Quant à la préparation du Gingem- F z bre»

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114 Histoire Morai^ bre , lors que la racine eft meure, on la tire de terre. Puis on la fait fécher en des lieus fecs & aërez : la remuant fouvent de peur qu'elle ne fe corrom- pe. Les vns fe contentent de Texpofer au Soleil pourlafécher : mais les au- tres jettent encore par defliis de la chaux vive , réduite en poudre, pour attirer plus facilement l'humidité. Cette racine, qui tient vn rang con- fiderable parmy les épiceries,fe trans- porte par tout le monde : mais elle eft particulièrement recherchée aus païs froids.

Nos François la tirent par fois de terre avant qu elle foit meure , <k la confilîent entière avec tant d'artifice, qu elle devient rouge &: transparen- te comme vn verre. Le Gingembre confit que Ton envoyé du Brefil , & du Levant,eft ordinairement fec,plein de filamens*& trop piquant pour eftre mangé avec plaifir. Mais celuy qu'on prépare à Saint Chriftofle , ri a point du toiK de fibres, & il eft fi bien con- fit , 4U^ nV demeure r*en y?1 ren^e fous la dent,quand on en veut vfer.

Il

k^ASAff**^fc«*

£>és Iles Antilles. 125 Il a vue propriété Singulière pour fortifier la poitrine qttand elle eft a£« foiblie , par vn amas d'humeurs froi- des , éclaircit la voix , adoucir Thaié- ne , rendre bonne couleur au vifage> cuire les cruditez de Teftomac, ayder à la digeftion , rappeller Tapent , 8c confumer les eaus &c la pituite , qui rendent le corps languiifant. Et mê* me on tient , qu'il conferve , ôc for- tifie merveilleufement la memoire,en diflipant les humeurs froides > ou la pituite du cerveau. On réduit auffi cette racine en pafte , de laquelle on compofe vne conferve,ou vne Opiate qui a les mêmes effets.

Venons à l'Indigo. La plante étant coupée , eft mife en petis faiflèaus, qu'on laifle pourrir dans des cuves de pierre ou de bois , pleines d'eau ciai- re,fur laquelle on verfe de l'huile^qui felô fa nature, fumage & occupe toute la fuperficie. On charge de pierres les faifleaus , afin qu'ils demeurent Cous l'eau, Ôc au bout de 3. ou 4. jours que Teau a boiiilly , par la feule vertu de la plante 3 fans qu'on lait approchée F $ du

i%é Histoire MoRAtt du feu., la feuille écant pourrie* & dif- foute par cette chaleur naturelle qui eft en la tige ', on remue avec de gros & forts bâtons toute la matière qui eft dans les cuves , pour luy faire rendre toute fafubftance, & après qu'elle eit repofée * on tire de la cuvé le bois de la tige qui ne s'eft pas pourry.Puis on remué encore par plufieurs fois 3 ce qui.refte dans la cuve j & après qu'on la biffé raflbir* on tire par vn robinet l'eau claire qui fumage: Et la lie > oi¥ le marc qui demeure au fonds-de la cuve a eft mis fur des formes , bti le laiife fécher au SoleiL Ce marc eft: la Teinture qui eft tant eftimée>& qui porte le nom d'Indigo*

Quelques-vns expriment en ■. des preffoirs les faiffeaus de la plante pourrie , pour luy faire rendre tout fon fuc : Mais par ce que font les fe- uilles de rherbe>qui compofent cette marchandife, ceus qui la veulent ren- dre de plus grand prix> fe contentent d'avoir le marc qui demeure après la corruption de cts feuilles , & qui fe trouve après l'agitation * au fonds de

la

^^w*»awak>a)irew?^^

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îa cave. Le lieu l'on prépare cette riche couleur de pourpre violette^s'ap- pelle Indigoterie*

Les François des Antilles ont de- meuré vu fort long-tems avant que de. faire trafic de cette marchandife > à caufe que la plante dont on la com- j>ofe , étant de foy-même de forte o- deur 3 exhale vne puanteur infuporta- ble, quand elle eft pourrie : Mais dé- puis que le Tabac a elle à vn prix fort bas > & qu'en quelques endroits > la terre ne s'eft plus trouvée propre, pour en produire de beau comme cy devant > ils fe font adonnez à la cul- ture de l'Indigo > dont ils tirent à pre- fent vn grand profit.

Enfin pour ce qui eft du Cotton, »os François ne s'occupent pas beau- coup à Tamaifer : encore qu'ils ayent plusieurs arbres qui le produifent aus lizieres de leurs habitations. Ce qui toutefois eft fort peu de chofe, au pris de ce que Ton dit dVn certain quar- tier, d'vne Province de la Chine.Cat Trigaut au Chap. 18. du Livre cin- quième de fon Hiftoire ^apporte qu il F 4 y

ïi8 Histoire Morale y croift tant de Cotton , que pour le mettre en œvure* il s'y conte iufques à deus cens mille tifïèrans.

Les Anglois de la Barboude font grand trafic de cette marchandise, comme auffi ceus qui demeuroient cy devant en II le de Sainte Croix. Il n y a pas grand artifice à mettre le Cotton en état : car il ne faut que ti- rer du bouton entrouvert cette ma- tiere3 qui fe pouffe au dehors prefque d'elle même. Et par ce qu'elle eft mê- lée des grains de la femence de l'arbre, qui font en forme de petites fèves* liées avec le Cotton^ au milieu duquel ils ont pris naiflance , on a de petites machines , qui font compofées avec tel artifice > qu'au mouvement d'vne roue qui les fait jouër^le Cotton tout net tombe d'vn côté , 6c la graine de l'autre. Apres quoy,on entaflele Cot- ton en des facs avec violence 5 afin qu'il occupe moins déplace.

Ce font les principales occupa- tions 3 qui entretiennent le commer- ce des Iles y Se dont les Habitans font leur trafic ordinaire.

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des Iles Antilles. 129

CHAPITRE VI. Des Emplois les plut honorables des Habit ans Etrangers des Antil~ lessde leurs Efc laves > cjrde leur Gouvernement.

LEs Colonies étrangères qui habi« tent les Antilles , ne font pas feu- lement compofées de gens errans & de baffe condition 3 comme quelques vns s'imaginent > mais aufli de plu- fieurs perfonnes Nobles > & de plu- sieurs familles honorables. De forte que les occupations que nous venons dedécrire,nefontque pour les moins confiderables Habitans ^ & pour ceus qui ont befoin de gagner leur vie par le travail de leurs mains. Mais les au- tres3 qui ont des hommes à gages^qui conduifent leurs ferviteurs, 6c leurs efclaves en tous ces ouvages^ménent* quant à leurs perfonnes 3 vne vie fore douce ôc fort agréable. Leurs emplois ôc leurs divertiffemens , après les vi- fices qu ils font profeilion de rendre* F j Se

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130 Histoire Morale & de recevoir avec grande civilité^ font la charte , lapefche, & autres bonnettes exercices. Et à l'exemple de Monfieur le General , qui eft incom- parable à recevoir avec eourtoifie , & à traitter magnifiquement ceus qui le vifitent , foit des François , foit des Etrangers : tous ceus de nôtre Na- tion de fon Ile , qui font de la condi- tion que nous venons de reprefenter, tiennent à faveur qu'on les fréquente, êc qu*on accepte les témoignages de leur civilité , qu'ils rendent avec tant de franchife , & d'vn cœur fi ouvert, que Ton s'en trouve doublement obli- gé. Ils font fplendides dans les feftins qu'ils font à leurs amis , où, avec le bœuf, le mouton „& le poreeau j les- volailles^ le gibier de toutes fortes , le poiiïbn,ia patiilerie, & les confitures excellentes, ne font non plus épar- gnées qu'ans meilleures tables de FrâU çe.Tous les Officier&excellent notam- ment er^ ces courtoiiies» Et à leur imi- tation , lesv moindres Habitans tien- droient avoir commis vne incivilité, , 4 ils a^oknt,congedié.quek:un hors de

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pes Iles Antilles, tji chez eus > fans luy avoir prefentéà boire , . & à manger.

Le Vin , la Bière , & l'Eau de vie> manquent rarement dans les Iles , 8c au défaut de toutes ces chofes , on y fait premièrement vne efpéce de bru- vage delicieus , avec cette douce li- queur qu on exprime des Cannes de Sucre,laquelle étant gardée quelques jours 5 a autant de force que du via d'Efpagne > on en tire auffi de l'exceU lente eau de vie ,. qui eft fort appro- chante de celle qu'on aporte de Fran- cejMais ceus qui en prenant avec ex- cés^en font dangerepfement malades» De plus 3 ils font plufieurs autres for- tes de boillbns avec du fuc d>Oranges> des Figues, des Bananes, & des Ana- nas , qui font toutes fort delicieufeg, & qui peuvent tenir lieu de vin. Ils compofent auffi de la Bière , avec de la Caffaue, ôc des Racines de Patates* qui eft prefque auffi agreâble,noufrif- isâte & rafraiehilïante3que celle qu'on* leur amené d'Hollande»

Quant aus emplois honnorablés

& neceflàires tout enfemble pour la*

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iji Histoire Morale confervation des Habitans des Iles, ils fonc tous profeffion de manier les .armes* & les chefs de famille ne mar- chent gucres fan épée. Chaque quar- tier eft rangée fous certains Chefs & Capitaines qui y commandent. Ils font tous bien armez 3 & fouvent on leur fait faire la reveuc y & les exer- cices de guerre % même dans la paix la plus profonde^ bien qu'en tout tems ils font pret^au premier coup de tam- bour s pour fe rendre au lieu defigné par leurs Capitaine?. En l'Ile de Saint Chriftofle, outre douze Compagnies de gens de pied > il y a auffi des Com- pagnies de Cavalerie,comme nous en avons fait mention cy-deilîis.

Et par ce, que toutes les perfonncs de condition honorable ., qui font en allez grand nombre en ces Iles * ont des feruiteurs & des Efclaves,qui tra- vaillent à tous les ouvrages que nous avons fpecifuz*&: qu'en France on ne fe fert point d'Efclaves P n'y ayant en toute l'Europe que les Efpagnols de les Portugais^qui en aillent acheter au pais de leur naûTance,Angole ou Cap

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des Iles Antilles, i^j Vert>& Guinée : il fera bon que nous en difions icy quelque chofe. Mai£ premièrement 3 nous parlerons des ferviteurs à louage, &c qui ne font que pour vn tems.

Les François , que Ton mène de France en Amérique pour fervir,font ordinairement des a&es obligatoires à leurs Maitres > pardevant des No- taires ; Par lefquels a&es ils s'obli- gent de les fervir trois ans* moyenant vn nombre de livres de Tabac qui leur font acordées pendant ce tems-là. A caufe de ces trois ans de fervice ils font engagez, on les appelle com- munément des Trente-fex mou&w lan- gage des Iles .11 y en a qui s'imaginer* que pour ne s'eftre pas obligez par écrit à leurs Maitres dés la France, ils en font moins engagez lor$ qu'ils font rendus dans les Iles.Mais ils fe trom- pée fort en celà.Car lors qu'ils fe pro- cluisét devant vn-Çouverneur3pour fe plaindre de ce cju'on les a embarquez par force , ou pour repréfenter qu'ils ne fe font pas obligez par écrit , on les^condamne à fervir trois ans5celuy ;\

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ïj4 Histoire M&KAtw qui a payé leurs paiîages , ou tel atti- tré qu'il plaira à leur Maitre.Si le Maî- tre n'a promis pour fakire à fon fer- viteur que l'ordinaire des Iles^il n'eft obligea luy donner pendant tous ces trois ansj que trois cens livres de Ta- bac;Ce qui n eft pas grand chofe pour s'entretenir de linge 8e d'habit. Car ce.Maitre ne luy fournit ehofe quel- conque pour fon entretien y que la fimple nourriture. Mais celuy qui dés la France promette donner plus de- trois cens livres de Tabac à celuy qui entre à fon fervice y eft obligé à les luy fournir exactement $t luy en euft- il promis mille. G'ét pourquoy il eft avantageus à. ces pauvres engagez,, de ne s'en pas aller ans Iles* fans bien faire leur marché^ avant que de s'em- barquer.

Qu&nt aus Efclaves ou Serviteurs perpétuels dont onfe fett dans les An- tilles y ils font originaires d'Afrique^ &c on les amène du Gap de ¥èrt 5 du Royaume d'Angôle* & d'autres ports de mer qui font en la côte de cette farde4& Mo&de» Ceft4à qy&>n les

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acheté > de même que Ton ferait des beftes de fervice^

Les vns font contrains de fe ven- dre 3 & de fe réduire &vne feruitude perpétuelle 3 eus & leurs enfans* pour éviter la faim. Car aus années de fte- fcilité^ laquelle atrive aflez fouvent quand les fauterelles 3 qui comme des nuées inondent le pais > ont broutté tout le fruit de la- terre* la neceffité les preffe tellement * qu'il n^a forte de rigueur*oàils ne fe foumettent volon- tiers 3 pourveu qu'ils ayent dequoy s'émpefcher de mourir. En ecs occa- fions lamentables > le Père vend fes enfans pour du pain 5 & les enfans quittent Père & Mère fans regret.

Les autres font vendus > ayans été fkits prifonniers de guerre par quel- que Roy teletjcar c'èft la coutume des Princes de ces quartiers4à * de faire fouvent des courfes dans les Etats de leurs voifinsjpour prendre des prifon- niers3 qu'ils vendent aus Portugais 8e aus autres .Nations, qui vont faire avec eus cet étrange de barbare trafic» Qn leur donne en échange, du fcc

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i$6 Histoire Morale qu'ils prifent à l'égal de l'or ,du virî, de l'eau de vie > ou quelques menues hard.es. Ils captivent auffi bien les femmes que les hommes * & les ven- dent pefle - mefle 3 à plus haut ou à moindre pris, félon qu'ils font jeunes ou vieusj robuftes ou foibles* bien ou mal proportionnez de leur corps. Ceus qui les amènent aus Iles > les revendent derechef quinze ou feize cens livres de tabac^chaque tefte.

Si ces pauvres Efclaves tombent entre les mains dVn bon Maitre > qui ne les ttaitte pas avec trop grande ri- gueur > ils préfèrent leur fervitude à leur première liberté : & s'ils font mariez -, ils multiplient à merveille dans les pais chauds.

Ils font tous noirs, & ceus qui ont le teint d'vn noir plus luifant* iont efti- mez les plus beaus. Laplufpart ont le nez vn peu plat* & de grofles lèvres: ce qui palïe auffi pour beauté entre eus.On tient même qu'en leur paisses fages femmes leur applatillèntainli le nez tous exprés à leur naiflance. Ils ont tous les cheveus û frifez^qu'à pei- ne

des Iles Antilles, 237 ne fe peuvent ils fervir de peigne: mais ils vfent deThuile.de cet arbrif» fcau que Ton nomme Palma Chri$îi3 pour empefcher la vermine. Ils font fort .& robuftes au poffible $ mais fi timides 3c fi peu adroits à manier les armes^qu'on les donne facilement.

Leur naturel eft fufceptiblede tou- tes impreffions » de les premières qui leur font données parmy les Chre- ftiens^aprés qu'ils ont renoncé à leurs fuperftitions & à leurs idolâtries 5 ils les gardent conftamrnent. En quoy, ils font differens des Indiens de TA- merique, qui font changeans comme des Caméléons. Entre les François habitans des Antilles,il y a de ces Nè- gres qui jeûnent exactement le Ca- rême x Se tous les autres jours de jeû- ne qui leur font ordonnez > nonob- ftant leurs travaus ordinaires & con- tinuels.

Ils font ordinairement orgueilleus & fuperbes:Et au lieu que les Indiens veulent êcre traittez avec douceur, &: qu'ils fe lailfent mourir de trif- tt((Q , fi on les rudoyé tant foit peu;

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Ï38 Histoire Morale ceus-cy au contraire,doivent être ran- gez à leur devoir par les menaces 3 &c par les coups. Car fi on fe familiarife vn peu trop avec eus> incontinent ils en abufent. Mais û on les châtie avec modération > quand ils ont failly , ils en deviennent meilleurs^plus fouples* obcïirans , & fe louent de leurs maî- tres, fi aufli on vfe de rigueur exceffi- ve en leur endroit > ils prennent la fuite y & f t (auvent dans les monta- gnes , ils mènent, comme des bê- tes , vne vie malheureufe &c fauvage, 8c on les appelle alors Nègres Ma* tons \ c'eft à dire.. Sauvages : Ou bien ils s'étranglent par defefpoir. Il faut donc garder en leur conduite vn mi- lieu y entre l'extrême feverité , fk la trop grande .indulgence, fi on les veut conferver en leur devoir * & en tirer vn bon fervice.

Ils s'aiment paiîionément entr'eus, & bien qu'ils foient nez en differens païs, & quelquefois ennemis les vns* des autresjilss'entrefupportét 8c s'en- traident au befoin>comme s'ils étoient tous frères* Et quand leurs maîtres

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à i s Ïée s Ah t ï lie K rj 9? leur donnent la iib&rté de fe recréer^ ils fe vifitent réciproquement* & paf- fent les nuits entières en jeus^en dan- fes, ôc en autres pafle-tems de rejouif- fances, & même en petis feftins, cha- cun d'eus épargnant ce qu'il peut* pour contribuer au repas commun.

Ils fe plaifent à la mufique , 5c ans inftrûmens qui peuvent rendre quel- que fon agréable &c faire vne efpéce d'harmoniejaquelle ils accompagnée de leurs vois. Autrefois ils av oient à Saint Ghriftofle , vn certain rendez- vous au milieu des bois, ou ils s'aiTem- bloienttous les Dimanchcz, & tous lés autres jours de fefte > après le fer- vice de l'Eglife^pour donner quelque relafche àleurs corps. Ils paffoyent-là quelquefois le refte du jour, Se la nuit fuivante, en danfes > & en entretiens agréables * fans preiudice de l'ou- vrage ordinaire de leurs maures. Mê- me on reniai' quoit > qu'après qu'ils s'etoyent divertis de cette forte >. ils travailloient de beaucoup meilleur courage^fans témoigner aucune laffi- 6tide3 & mieus que s'ils eulïènt repofé

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14a Histoire Morale en leurs cabanes tout le long de la nuit. Mais par' ce que,pour entretenir ces réjouiiïànces publiques 3 ils dêro* boient fouvent les volailles & les fruits des voifins , 6c quelquefois de leurs maitres3rexquifefage(Iede Mô- fieur le General 5 qui n'eftime pas les moindres chofes^indignes de fes foins* leur a interdit ces alfemblées no&ur- nes:& à prefent s'ils fe veulent diver- tirais le font feulement en leur voifî*. nage, avec lapermiffion de leurs mai- tres5qui leur accordent volontiers cet- te honnefte liberté.

Au refte, celuy qui a vue douzaine de ces Efclaves,çeut être eftimé riche. Car outre que cqs gens - cultivent 8c entretiennent tous les vivre necef- taires pour la fubfiftance de leurs mai- tres5& pour la leur : étant bien con- duits ils font beaucoup de marchan- dife de Tabac , de Sucre, de Gingem- bre y 8c d'Indigo > qui apportent vn grand profit. Et leur fervice étant perpétuel 3 leur nombre s'accroift de tems en tems , par les enfans qui leur naiffent > Icfquels pour tout héritage

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djbs Iles Antilles. 141 fuccedent à lafervitudç & à la fuja- tion de leur parens.

Tous les Habiçans étrangers , qui ont leur demeure en ces liés 3 fe gou- vernent félon les Lois & les coutu- mes de leurs pa'is.

Parmy les François de Saint Chri- ftofle , la luftice s'adminiftre par vn Confeil compofé des principaus Offi- ciers de la Milice de l'Ile , auquel Monfieur de General Prefide. Et bien qu'il y ait des maifons propres Se de- ftinées à cette a&ion > comme cette Chambre du Confeil > que nous a* vons décrite, en fon lieu, neantmoins ce Confeil s'affemble par fois 5 félon que le tems &c les affaires le peuvent requérir, 3c que Monfieur le General le trouve le plus à propos pour fa co- moditc fous vne efpéce de grand Fi- guier qui eft de la grofleur du plus gros Orme^proche le Corps -de-garde, de la Baflè.-terre,& tout joignant la Rade.

C'eft en ce Confeil, que fans vfer de tant de formalité? que Ton a. inven- tées' pour rendre les Procès immor- tels 9 tous, les differens qui peuvent

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341 Histoire Morale Curvenir entre les Habitans, font vni- dez à l'amiable , 8c terminez le plus Couvent à la première feance3fans qu'il coûte rien aus parties , iinon ce que celle qui eft trouvée avoir tort 9 doit payer 3 fuivant la coutume 3 au profit des pauvres , Se de l'entretien de l'E- glife, 8c pour la fatisfadion de la par- tie qui eftoit interelïee. Ce Confeil condamne auffi à mott en dernier ref- fort.

Les Gouverneurs des autres Iles* rendent aulïi la Indice, chacun en fon Gouvernement. De forte > qu'il ne faut pas fe perfuader qu'on vive en ces païs-là 3 fans ordre & fans régie, comme plufieurs fe l'imaginent. Et c'eit vne merveille > de ce qu'y ayant des perfonnes ramaiïees de tant de divers pais y8c qui font d'humeurs fi différentes , ledefordre ne s'y foitpas glifle,&: qu'on les puiife contenir dans le devoir & la fujetion des Lois, ,

Voila pour ce qui regarde les Ha- jbitans Etrangers des Antilles.

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bes Iles Antilles. 14 $ ><n

CHAPITRE VIL

Z><? L'origine des Caraïbes >Habi- ^)

£#;&$■ 3$jttwels du Pais. )%

L'Ordre que nous - nous fommes J^

propofé , demande que nous par- jj

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lions deformaisjdes Indiens Habitans Naturels des Antilles. Et il neft pas befoin d'agiter icy cette grande & difficile queftion * comment la race des hommes s'eft répandue en Y Ame-

rique y &c d'où elle eft venue en ce i

Nouveau Monde. De grands perfon- nages ont traitté cette matière avec \

tant de fuffifance , d'exaâitude , & de

folidité y que ce feroit vne chofe en- ; ;

nuyeufe de fuperfluë d'en entretenir prefentement les Le&eurs. Ioint que i'Hiftoire de TOrigine de nos Sauva- ges A nt illois * ne requiert pas que nous en prenions le commencement fi haut y ni fi loin.

Les Anciens & naturels Habitans des Antilles , font cëus que l'on a

nommez

ï44 Histoire Morale nommez Cannibales > Antropofages3 ou Mangeurs d'hommes : & que la plupart des Auteurs qui en ont écrit, appellent Caraïbes : Mais leur nom primitif & originaire^ .qui a plus de gravité, eft celuy de Caraïbes, comme ils le prononcent eus- mêmes ,auiïi bien que ceus de leur Nation , qui fe trouvent en la terre ferme de l'Ame- rique:foit au Continét Septentrional, foit au Méridional. Et par ce que c'eft auffi l'appellation- la plus commune, en la bouche de nos François HabU tans de ces Iles , & qu'elle eft fuivie par les derniers Ecrivains î nous l'em- ployerons plutôt que l'autre , en la fuitte de cette Hiftoire. »

Quelques vns eftiment que ce nom de Caraïbes n'eft pas naturel aus Sau- vages Antilloisj mais qu'il leur a écé impofç par les Efpagnols , comme à plufieurs Sauvages du Continent Mé- ridional qui le portent : de même que celuy de Galibk , on de Calibites , à leurs alliez Habitans du même Con- tinent.Ceus qui font de cette opinion, difent que les Efpagnols ont bien pu

donner

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^es Iles Antilles, 14; donner à ces Peuples ce nom de Ca- raïbes* veu qu'ils ont parcouru tous les quartiers de l'Amérique Méridio- nale , & qu'ayant fait les premières Cartes, ils ont marqué ces Nations- fous ce nom, qui leur eft demeuré dé- puis.Pour preuve de cela,ils aléguent, que les Caraïbes ne fe nomment ja- mais ainfi entr'eus , finon lors qu'ils font yures , & qu'ayant le tefte pleine de vin, ils fautent &: fe réjoui ffent, difant en leur Baragoin , Moy bonne Caraïbe. Que hors de , ils fe fer- vent feulement de ce mot^ors qu'ils font parmy les Etrangers,^ que dans leur négoce, & leur communication avec eus il le veulent donner à con- «pitre à eus, tachant bien que ce nom leur eft connu. Mais qu'entr' eus ils s'appellent touiïours -, auffi bien que font ceus de leur Nation de la Terre ferme , Se les Calibites, Calinago, qui eft le nom des Hommes ; & Callipo- nany qui eft celuy des Femmes. Et qu'ils fe nommée encore Oubaobonon, cfeft à dire, Habitant des Iles, ou In- fulaires : de même qu'ils appellent Toma IL G cens

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146 Histoire Morale

ceus du GonûnentyBaloué- bonon* c'eft

à dire, Habïtans de terre- ferme.

Avec tout cela neantmoins , il n'y a guère d'aparence que le nom de Ca- raïbe foit venu des Efpagnols,&: que nos Infulaires ne l'ayent porté que depuis -qu'ils ont été connus dJeus| Premièrement , parce qu'avant que les Efpagnols ny les Portugais euf- fent pénétré au Brefil , il s'y trouvoit de certains homes plus fubtils 6c plus ingenieus que les autres, que les Bre- filiens nommoient Caraïbes3ainfi que lean de Lery Ta remarqué dans (on Hiftoire. Secondement 3 il eft Gon- flant, qu'il y a des Sauvages qui por- tent le nom de Caraïbes, en des quar- tiers du Continétde l'Amérique Mé- ridionale , les Efpagnols n'ont ja- mais eu de commerce. Car non feule- ment ceus de la Nation de nos Infu- laires, qui habitent le long de ces cô- tes de l'Amérique Méridionale^ qui font voifins des Colonies Hoilandoi- fes de Cayenne &c de Berbke\i\rÀs ceus| encore qui demeurent bien avant dans ce Continent Méridional , au

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des Iles Antilles. 147 deflus du fault des plus célèbres Riviè- res , s'apellent eus mêmes Caraïbes. De plus , nous verrons dans la fuitte de ce Chapitre , qu'il y a au Conti- nent Septentrional vne Nation puif- ■fante.3 compofée en grande partie de certaines Familles qui fe glorifient en- core à prefent,d eftre Caraïbes A d'en avoir reçeu le nom , long-tems avant que l'Amérique ait été découverte. Apres 5 quand même les Efpagnols auroient voulu impofer ce nom à tou- tes œs Nations , comment pourroit- 011 prouver qu'elles Teuiïent voulu accepter de la main de gens incon- nus & ennemis : Or il eft certain que non feulement tous ces peuples, s'a- pellent -eus-memes Caraïbes , mais que de plus , ils fe glorifient Se tirent avantage de ce nom,comme Monfieur du Monte! l'a ouï de leur bouche plu- sieurs fois: fe plairoient - ils à faire trofée dVn nom qu'ils auroient reçeu de leurs ennemis?Que fi,comme nous le verrons tantoft , les anceftres de nos Sauvages Infulaircs , ont recett des Apalachites le nom de Caraïbes* G 1 au

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ï4& Histoire Morale au lieu de ceiuy de Cofachites qu'ils portoient auparavant ,ils le prirent de perfonnes amies & confédérées % ëc même comme vn éloge d'honneur' Enfin, ce n'eft pas feulement dans i yvreiîe % M dans la débauche , que nos Indiens Antillais m nomment Caraïbes , mais aufïï > lors qu'ils font fobres ;■& de fang froid. Que s'ils fe nomment entr'eus Calinago 3 ils peuvent bien avoir plufieurs noms diferens, fans que pour cela il s'enfui-- ve, que les Européens leur en ayent donné quelcun. de cens * là. Pour ce qui eft du nom d'Onbao-banon ,fa fi~ ■gnification montre alTez.qu il leur pas particulier ,& qu il fe peut aplir quer à tous les Infulaires générale* ment 5 Et s'ils fe fervent plutôt du nom de Caraïbes > que d'vne autre nom y en parlant aus Etrangers, c'eft parce qu'ils fa vent en effet , que ce nom leur eft plus connu : Mais cela n'emporte pas , qu ils l' ayent reçeu des Efpagnols.il feroit fans doute plus probable de dire , que les Efpagnols Tayant apris d'eus, l'auroient en fuite communiqué

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DES Iles Antilles* 149 communiqué ans autres Européens*. Mais au- fonds , il. n'importe- guère ce que Ton en croye : Et chacun en peut avoir quel fentimêt il luy plaira.Nous ne faifons que propofer ce qui nous femble plus vray-femblable.

Quanta l'Origine des Caraïbes în~ fulairesjceus qui en ont parlé jufques icy y ont eu peu de lumière pour fe conduire dans cette obfcure antiquité^ qu'à vray dire ils n'y ont marché qo a tâtons. Quelques vns s'imaginét qu'ils sot venus des Iuifs/e fondât entre au- tres chofes/ur ce que les parentes des Caraïbes leur font naturellemét aqui- fes pour femmes , 8c qu'vne partie d'eus 3 ne mangent point de Porceau, nideTortuë.Mais c'en: prédrela cho- fe infiniment loin.>&: fur de trop foi- bles conjedures.il y en a qui les font dériver du havre de Caribana., ôc qui prétendent qu'ils en font iffus. Mais cette opinion a'eft fondée que fur la feule rencôire des mots de Caribana & deCaribeSjfans aucun autre foudemét. D'autres difent par vne fimple con- iedure * que ces Sauvages font Ori- G 3 gînaires

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150 Histoire Morale ginaires des grande slles*& qu il n'y a pas bien long-tems qu'ils habitent les Antilles* n'étant que des réfugiez* des reftes * ôc des parcelles de débris, en vn mot des rechapez des horri- bles maffacres que firent les Efpa- gnols * lors qu'ils s'emparèrent de Saint Domingue * Cube * lamaique* ëç Porto Rico. Mais la vérité del'Hi- ftoire nous témoi-gne*que dés îe com- mencement de la découverte de l'A- merique*Ies Antilles étoient occupées & peuplées par les Caraïbes. Et que à abordais furent furpris & mal-trait- tezpar les Efpagnols. Mais que puis après les Efpagnols étant vivement repoufTez * ôc reflentans beaucoup d'nîcommoditezde cette guerre>firent vneefpece d'acord avec quelques vns d'entr'eus : comme nous le verrons plus particulièrement au Chapitre de leurs Guerres. Aiouftez à cela*que les Indiens de Coraço * qui font fans contredit de ces véritables rechapez* & qui ont encore parmy eus des per- fonnes vivantes* qui demeuroient au port * dit à prefent de l'Ile à Fâche*

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des Iles Antilles. 151 en l'Ile Hifpaniola^quand les premiers Efpagnols y abordèrent > n'ont aucun mot de la langue Caraïbe en la leur, ni aucune faflbn de faire 3 d'où. l'on puiife recueillir qu'ils ayent jamais eu de communication avec les Caraïbes. Outre que ceus des grandes Iles* qui pouvoient prendre la fuite pour évi- ter la tyrannie des Espagnols, avoient bien meilleur conte de fe retirer aus terres qui étoient audeiîbus d'eus, &: les ^cns réguliers les portoient, que de remonter contre le vent 3 &c ainlî retarder leur fuite > s'expolerà mille périls de la mer,& allonger leur voyage de vint fois autant. Car c'eft merveille quand des vaifleaus tels que font les leurs,peuvent gagner co- tre le vent vne lieuëen vn jour. Et il arrive le plus fouvent àde bien grands vaifleaus qui veulent remonter,qu'ils reculent plus en trois heures qu'ils n'avaient avancé en fix jours. Nous favons de bons Pilotes , qui ont mis. trois mois à remonter du Cul-de Sac> de Saint Domingue* à Saint Chrifto- fle 5 au lieu que pour defcendre de G 4 Saint

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ïj4 Histoire Moraië Saint Chriftofleà Saint Domingue,îl ne faut d'ordinaire que quatre ou cinq jours au plus.

Quant au fentiment que les Caraï- bes eus - mêmes ont dés leur propre origine , ignorans les monumens de rAntiquité,autant que peu curieus de l'avenir , ils croyent Sa plupart eftre venus des Calibites ou Galibis, leurs alliez & grans amis,Babitans de l'A- mérique Méridionale , &voifîns des jiroùagptes , ou Aloïiagues y en cette Contrée , ou en cette Province , qui fe nomme communément Guyana^ ou Cofie Sauvage. ht ceus qui adhèrent à cette opinion , fe fondent fur la conformité de langage, de Religion, & de mœurs , qui le- trouve entre les Caraïbes Infulaires & les Calibites: Bien qu'au refte , cette refTemblance puifle venir en partie de l'alliance & de l'amitié particulière qu'ils ont entr'eus , en partie du voifinage des Caraïbes du Continent Meridional,& de cqs Calibites, ôc en partie d'autres caufes que nous repreienterous cy- aprés.

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des Iles Antilles. 155 Mais ces pauvres Sauvages Infuiai- res ne s'accordent pas entr'eus 3 dans le récit particulier qu'ils font de leur extraction > de ât la caufe qui les a portez dans les Iles > & ils ne peu* vent dire le tems. Voicy ce que cens de Saint Vincent & quelques autres* en ont recité à Monfijur du MonteL, de qu'il nous a fait voir dans Ces Mé- moires curies. ^ Tous les Caraïbes é- toienc autrefois afïlijetis aus Aroiia- gues Se obeiffoient à leur Prince.Mais vne partie d'entr'eus ne pouvant plus foporter ce joug-là , fe rebellèrent. Et afin de pouvoir vivre en repos,, éloi- gnez de leurs ennemis^ils Ce retirèrent aus AntiHes , qui étaient aie:, s inha- bitées ^ & abordèrent premièrement en l'Ile de Tahago a qui eft l'vne des plus proches du Continent. Dépuis les autres C^tefjfecouërentauiïila domination des Arouagues , mais fe trouvans allez forts > ou n'ayant pa^s la même inclination que les prece- -dens , ils demeurèrent en leur païs; Et ils s'y font toujours confervez jufqu'à prêtent, qu'ils y vivent encore G 5 libres

154 Histoire Morale libres > mais ennemis des Aroùagues? ayant vn Capitaine General de leur propre Nation > qui leur commande. Ils (ont auffi demeurez jufqu'à cette heure confederez &c fînguliers amys des Caraïbes.

C'eft fur ce récit même que Ton fonde, & par ce détail que l'on expli- que le nom de Caraïbes , comme s'il lignifioit Rebelles , foit qu'il ait efté impofé à nos Antillois par les Aro- iiagues , foit que ces Peuples l'ayent pris eus mêmes , pour leur 1er vît d'v- neefpecede trofée 3 tirant gloire de leur noble foulevement 5 & de leur genereufe Rébellion 3 qui les a mis en paix de en liberté. Mais il ne faut au- tre chofe pour montrer" que Caraïbe ne veut pas dire Rebelle , comme le pofe entr'autres vn certain Iournal dVn Hollandois > fin on qu'il y a plu- sieurs Colonies en divers endroits de la terre ferme de l'Amérique , foit an Septentrion , foit au Midy> que per- sonne ne prétend, 6c ne peut preten- dre^avoir jamais efté fous la puillance des Aro'ùagues^&c qui cependant por- tent

des Iles Antilles. i]f tënt ce nom de Caraïbes. Que s'ils f en a d'entr'eus qui fe foyent rebellez. contre d'autres Souverains, s'étans dépuis reconciliez avec eus5& vivans encore aujourduy au milieu d'eus,fous ce nom de Caraïbes , ainfi que nous le verrons plus particulièrement tan- toft , il n'y a nulle apparence , qu'il exprime des Rebelles , puifque ce leur feroit vne flétriflure > & vne marque d'infamie.

Mais^ cens qui ont cpnvcrfé long, tems avec les Sauvages de la Domini- que , raportent que cens de cette Ile eftiment que leurs Anceftres/ont for- tis de la Terre ferme>d'entré les Cali- bites, pour faire la guerre à vne Nati- on d'Aromgues qui habitoit les Iles, laquelle ils détruifirent entièrement, à la referve de leurs femmes , qu'ils prirent pour eus, ayant par ce moyen repeuplé les Iles. Ce qui fait > qu'en, core aujourduy les femmes des Caraï- bes Infulaires 3 ont vn langage diffé- rent de celuy des hommes en plu- sieurs chof®s3& conforme en quelque chofe à celuy des Arokaguesàn Con- G 6 tineiu .

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J56 Histoire Morale tinent. Celuy qui croit le Chef de cecce entreprife,donnoit les Iles con- quifes à fes confidens. Et celuy qui avoit eu en fon parcage la Domini- que , fe difoit Quboutou-timani 5 c'eft à dire Roy, & Te faifoit porter fur les épaules de ceus que les Inlubires nomment Ldbouyou , c'eft à dire fer- viteurs.

Il y a fi peu de certitude > & tant d'inconftâce en toutes ces narrations, &c en d'autres femblables que ces pau- vres ignorans peuvent faire fur ce fa- jet,que félon l'avis des plus fages , il n'y a guère d'aparence d'y aiToir aucun fondement. En crïet^ces Sauvages eus mêmes, n'en parlent qu à favanture, & comme des gens qui reciteroienc des fondes : tant ils ont été peu ' foi- g n'eus de la tradition de leur origine: Et ils fe contrciifenc Se fe réfutent les vus les autres,par la diference de leurs récits. Nous verrons neantmoins à la fin de ce Chapitre, ce qui, pour fem- bier probablement, leur avoit donné ocafion à la plupart , de croiie qu'ils font venus des Ctlibitcs.

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des Iles Antilles. 157 Dans tous ces divers fentimen$3 que nous avons raportez ou des Ef- crits ou des difcours de plufieurs , il y a cecy de louable , que cens qui les mettent en avant , fuivent les eon- noiifances qu'ils ont & qu'ils fonC leurs efforts pour éclaircir & pour dé- veioper des veritez ancienne* &: in- connues,Mais comme la Relation que nous allons donner de l'Origine des Caraïbes Infulaires,eft la plus ample* la plus particulière^ plus curieufe3&: la mieus circonftanciée , qui ait paru jufqu'à prefent > aufli la tenons nous pour la plus veritable,& la plus certai- ne , laiifant toutefois à la liberté du Ledeur judicieus 3 de fuivre tel fenti- ment qu'il jugera le plus raifonable. Au refte,comme nous devons rendre à chacun la louange qui luy apartient, le public fera redevable de ces particu- laritez & de ces lumieres>à l'obligean- te communication que nous en adon- née Monfieur Snffo^Gcntii-homme Anglois, l'vn des plus curieus homes du Mode*& qui entre fes autres riches cônnoiffances , parle en perfe&ion

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358 Histoire Morale la langue des Virginiens & des Flori- diensj ayant veu dans fes beaus voya- ges toutes les Iles» & vne grande par- tie de T Amérique Septétrionale. C'eft par ce jïioyën > qu il a appris exacte- ment fur le lieu même, dont nous al- lons faire mention , & par àes per- sonnes intelligentes , ôc qui luy ont. parlé avec certitude 3 THiftoire fui- vante de l'Origine de nos Sauvages, dont il garentira toujours la vérité* lors qu'ils en fera befoin.

Les Caraïbes font Originaires de l'Amérique Septentrionale>de la Ter- re que l'on appelle maintenant la Flo- ride. Ils font venus habiter les Iles, après eftre fortis du milieu des Apa- iachites y entre léquels ils ont demeu- ré long-tems. Et ils y ont laifle de leurs gens,qui portent encore aujour- duy le nom de Caraïbes. Mais leur première origine eft des Cofachïtes* qui changèrent feulement de nom, & furent appeliez Caraïbes > en la ter- le des Apaïachites y comme nous Tal- ions voirincontinent.

Les ApaUchites font vne Nation puifFanc-e

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dis Iles Antilles. i-Sf puiiïante & genereufe 3 qui fubfifte encore à prefent en la même contrée delà Floride. Ils habitent vn beau ôc grand païs nommé ApaUche >&o\\t. ils ont reçeu leur nom : &c qui com- mence fur la hauteur de trente-trois degrez ëc vint- cinq fcrupules s du Nord de la Ligne Equino&iaie >. Ôc s'étend jufqu'au trente» feptiéme. Ce Peuple i communique à la mer du grand Golfe de la Mexique a ou de la Neuve Efpagne > par le moyen d'vne Rivière qui prenât fa fource des Mon- tagnes Ajtalates 3 au pied déquelles ils habitent > après avoir arrofé plu- fieurs belles campagnes 5 fe vient en- fin rendre en la Mer 3 près des Iles de Tacobago.Les Efpagnols ont nommée cette Rivière > Rio del Spiritu Sant© Mais les Apalachites luy confervent fon ancien nom d3 Hîtanachi 3 qui Sh gnifie en leur langue > Belle & agréa* ble. Du codé du Levant , ils font fe- parez de toutes les autres Nations^par de hautes 5c longues montagnes* qui font couvertes de nége en leur fom- mçt la plus grande partie de Tannée*

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&i:è Histoire Morale ce qui les fepare de la Virginie. Des autres collez ils confinent avec phi- fleurs petis Peuples qui leur font tous amis & con fédérez.

Ces Apalachites fe glorifient d'a- voir poulie des Colonies bien avant dans la Mexique. El ils montrent en- core à prefenr vn grand chemin par terre, par lequel ils difent que leurs troupes parlèrent pour s'y rendre. Les Habitans du pais les nommèrent à leur arrivée Tlmmmjqm lignifie Mon- tagnars : car ils eftoient plus robuftes & plus genereus qu'eus. Ils fe placè- rent en vn quartier pareil à celuy de leur naiiTance fitué au pied des mon- tagnesaen vue terre fertile ■$ ils bâ- tirent vne Ville de même forme & fi- gure que celle dont ils eftoient fortis, laquelle ils occupent encore aujour- duy.Ils s'y font tellement vnis par ma- riages y & par d'autres liens de paix, qu'ils ne font plus qu'vn Peuple avec eus. Et on ne les pourrait difeerner. s'ils n'avoiét retenu plufieurs mots de leur langue originaire, qui eft la feule différence que Ton y remarque.

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des Iles Antilies. \6i Après que les Apalachkes eurent fait cette p euplade^les Cofachites qui demeuroient plus au Nord de l'Ame- rique^en vn païs marécageus Se pres- que fterile 5 Se qui avoient vécu juf- ques - en bonne intelligence avec eus/aehât qu'ils étoient alors dénuez de leurs meilleurs & plus vaillans hommes > prirent l'occafion qui leur écoit favorable , pour entreprendre fur ces Apalachites leurs voifins , & , les chalïèr de leurs demeures 3 ou du moins partager avec eux la terre ou ils habitoient3aprés qu'ils s'en feroient rendus maitres. Ce deilein y ayant été ménagé fort adroitement entre les Chefs des Cofachites 3 ils le publiè- rent puis après par tous leurs villa- ges, & le firent approuver à tous les Chefs de familles^qui au lieu de cul- tiver & d'éfemencer la terre de May au commencement du Printems^com- me ils avoient accouftumé de faire chaque annèe^préparerent leurs arcs, leurs fléches,& leurs maiïuës:& après avoir mis le feu en leurs villages , 8c s'être munis du peu de provifions

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qu ils avoienc dertfte de Thy ver paffé5 ils fe mirent en campagne avec leurs femmes & leurs enfans^ tout le pe- tit bagage qu'ils avoient ,dans- la refo- lution de mourir ou de vaincre 5 puis qu'ils ne pouvoient plus rebroulTer chemin^ retourner en vn lieu qu'ils avoicnt détruit & dépouillé de toutes fortes de commoditez.

En cet équipage, ils arrivèrent bien toft fur les frontières de leurs voi/înso Les Apalachites , qui ne penfoienc à rien moins * qu'à avoir vn ennemy fur les bras > étoient alors occupez à planter leurs May s \ Se les racines qui fervent à leur nourriture ordinaire. Ceus qui demeurent auprès du grand Lac y qu'ils nomment en leur langue Tbeomi, ayant appereeu cefte puifTan- te armée qui venoit fondre fur eux3 fe retirèrent incontinent aus monta- gnes ypifinesj Se laifîerent leurs villa- ges>& leur beftail , à la diferetion de Fennemy, puis ils furent de au tra- vers des bois y porter la nouvelle de cette irruption , aus villes qui font dans les vallées > entre les premières montagnes,

DES IlES AnTII^ES. lé>

montagnes 0 refidoit le ParacouJf*9. qui eft le Roy du païsy avee coûtes- les forces les plus confiderables de fon Etat. Sur cette nouvelle fi farprenan* te 3 ce Prince * pendant qu'il fe prepa- roit à aller à k rencontre de Tenne-- xny > fit gagner > par ceus qui fe trou- vèrent le plûtoft prêts à cette expé- dition, les avenues des montagnes,& mit desembufcades en divers endroits des grandes forets > qui font entre le grand Lac & les montagnes > & par kiquelles il faut pafler pour entrer en vne belle & fpacieuie vallée a quia plus de foixante lieues de long>& en- viron dix de largejoù font les demeu- res des principaux du païs 9 & les vil- les les plus confiderables de l'Etat.

Pendant que les Cofachites s'amu- foient au pillage des maifons 3 qu'ils avoient trouvées prés du grand Lac* les Apalachites eurent moyen de fe préparer à les recevoir» Mais eus, au lieu de prendre les routes & les chemins ordinaires qui conduifoient au plat païs ,qui eft entre les monta- gnes comme nous avons dit , après.

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f<?4 Histoire Morale avoir lailTé les femmes & les en fans prés do grand Lac , avec quelques troupes qu'Us détachèrent de leur armée pour les garder, étant guidez par quelques Apakchites qu'ils a- voient furpris pefchant au grand Lac, furent au travers des bois, des monta- gnes , Se des précipices , ou les Cha- mois n'auroiét pu marcher qu'à grand peine , fe rendre tout au cœur 6c atî centre du païs , en vue Province ap- pellée des Amanites «Ils furprirent fans refiftance les premières placer, qu'ils trouvèrent gardées feulement par les . femmes, par les enfans , & par quel- ques vieillards qui n'avoient pî\ Cui- vre le Roy , lequel avec fon peuple,' étoit allé attendre r£nnemy,-au/dc- centes ordinaires 3 qui conduifeni au païs.

Lqs Cofachites , voyans que leur deiïein avoit fi bien reufly , &c qu'il y avoit grande apparence qu'en pe$ de terris ils fe rendroient maîtres de tous le païs , puis que leur commence- ment avoit été fi heureus , pou fiè- rent incontinent leurs conqueftes plus

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des Iles Antilles. i£> entre; & ayant des Villes de retraitée, ils avoient laillé de bons hommes en garnifon , ils furent au devant du Roy d' Apalache , en intention de le combattre, ou du moins., de l'obliger à leur laiffer la paiiîble jouïflance d'v- pe partie du païs. V Apalachite, fut extrêmement furpris quand il apprit que i'ennemy qu'il attendoit aus fron- tières Se aus avenues acouftumées du païs s'étoit déià emparé d'vne Pro- vince qui étoit au centre de fes Etats, &c qu'il avoit laiiîé garnifon dans les Villes &c autres places confiderables, Neantmoins , comme il étoit magna- nime ôc courageus , il voulut effayer fi le fort des armes iuy feroit auffi fa- vorable , qu'il croyoit fa caufe bonne £c iufte. Il defeendit donc avec les fîens des montagnes il s'etoit cam- pé : & après avoir animé (es gens au combat, il attaqua bruiquement Ta- vant-gardedes Cofachites , qui étoit venu reconnoître fa contenance.Lors que de part & d'autre ils eurent con- fumé toutes leurs flèches , ils vinrent aux main$j& ayant pris leurs rnalïuës,

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i€6 Histoire Morale il fe fit vn grand carnage de deus ar- mées , iufques à ce que la nuit les yant feparez , les Cofachites remar- querét quils avoient perdu beaucoup des leurs en cette rencontre 3 & trou- vèrent qu'ils avoient à combattre vn peuple plus vaillant,quilsjnes'étoient imaginé : 3c par confequent qu'ils fe- raient mieus de traitter avec luy a IV miabie , que de hazarder encor vn£ fois leurs troupes en vn païs étrâger- Ils refolurent donc d'envoyer dés le matin des Ambalïadeurs au Roy des Apalachites , pour luy prefenter des conditions de paix, & pour en cas de refus ( diflimulant la perte qu'ils a- voient faite au dernier combat) luy déclarer le guerre/ & le fommer de fe tenir preft à Tinftant 3 pour recevoir leur attaque, qui feroit bien plus rude que celle qu'il avoit expérimentée le Jour précèdent > que leurs forces é- toient alors toutes vnies. Le Para- couffis à3 Apaleche ayant ouï ces Ara- bafladeurs 3 demanda la journée pour advifer ffir leur propofition de paix. Et en fuite , leur ayant auffi demandé

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des Iles Antilles. t6j les articles &c conventions fous le- squelles ils vouloienc traitter avec luy, en cas xju'il inclinait à vne paix , ils luy dirent qu ils avoient quitté leur terre en intention fe placer ou par amitié, ou par force , en ce bon &c gras païs qu'il poiïedoit : Et que s'il agréoit le premier de ces moyens, ils demandoient de faire vn même Peu- ple avec les Apalachites, d'habiter en leur terre , & delà cultiver i & ainiî de remplir les places vuides deceus d'entr'eus qui s'étoient débandez de puis peu , pour aller au loin planter vne nouvelle Colonie,

I/Apalachite aifembla fon Con- feil fur ces propofijtions ; Se en ayant fait Pouveiture^llreprefenta que l'ar- mée des Cofachites leur empefehoit le fecours, qu'ils pourroient avoir des autres Provinces, qui n'avoientpas été preftes pour venir avec eus à cette guerre. Que par même moyen le paf* fage des vivres leur étoit entièrement fermé. Que Tennemy étoit maitre de la Campagne, Se que fans coup ferir, il étoit entré en f vne des meilleures

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ï£8 Histoire Morale Provinces de tout l'Etat , il s'étoîfc faify des places de la plus grande im- portance. Et que bien qu'en la jour- née précédente, il eut remarqué la fi- délité & la generofité incomparable des fiens , à attaquer Se à combattre leurs ennemys,furlefquels ils avoient remporté de tres-notables avantages, toutefois cet heureus fuccés avoit été acheté par la perte de fes plus vaillans Capitaines ôc de les meilleurs Sol- dats : Par confequent , qu'il falloit a- vifer à conferver le refte du Royau- me, en épargnant ce qu'il y avoit en- core d'hommes d'élite. Et puifque les ennemis propofoient d'abord des cô- ditions de paix , ce feroit fagement fait d'y entendre-, fi cela fe pouvoit faire fans préjudice de leur gloire, ôc de la grade renommée qu'ils s'étoient aquife iufqiies alors. Qa'aa refte , la terre qui étoit deferte en pîufieurs en- droits , par la tranfmigration d'vne partie de leurs habitans , étoit allez grande & allez fertile, pour les nour- rir tous.

Tous les Chefs des Apalachites

ayant

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des Iles Antilles. ïffj! ayant ouï la propofition de leur Roy, & jugeant que ce n'etoit pas la timi- dité , qui l'obligeoit à pancher du co- fté d'vn accommodemét avec les Co- fachites , veu que le jouir précèdent il s'étoit trouvé au plus fort de la mê- lée^ : mais que c'eftoit le feul defir qu'il avoit de ne les pas expofer té- mérairement y de de conferver fon peuple lequel étoit déjà en proye à rennemy , qui occupoit vne des plus floriffantes Provinces. Ayant auffi eu advis par quelques coureurs [ qui s'é- toient rendus en l'armée du Roy par des voyes détournées^ qui venoient des Villes , les Cofachites avoient leurs garnifons,qu ilstraittoient avec grande douceur & grand refpe<5fc , les femmes & les veillards^qu'ils y avoiét trouvez;ils fouferivirenc vnanimemét au fentiment du Prince,& répondirét qu'il faloit entendre à vn bon accord, & faire en forte que les conditions en fufient les plus avantageufes 3 que la conjointure prefente de leurs affaires le pouvoir permettre. Et après avoir: confirmé cete refolutiô par leur haha% Tom.lL H qui

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S70 Histoire Morale qui eft la marque de l'applaudifTement 8t de la ratification qu'ils ont coutu- me de donner à leurs deliberations^ils la fignifierent ans Ambaiïadeurs des Çofachites>qui Pattendoient avec im- patience.

Cette nouvelle eftant apportée au camp des Cofachites s ils la receurent avecque joye > comme cftant confor- me à la fin qu'il s'eftoient propofée, en entreprenant la guerre, ôc en quit- tant leur pa'îs. Ils députèrent donc fur le champ des principaus d'entr' eus, pour côvenir avec les Apalachites^des înoyens de cette paix, & pour en paf- fçr tous les articles. Ces Députez > e- ftant arrivez au lieu le Prince d'A- palache les attendoit > avec les plus confiderables de fa Cour , affis fur vn fiçge plus relevé que les autres^Sc cou- vert de riche fourrure^iis furet receus courtoifement. Et ayant pris feanceje Roy leur fit prefenter à boire dVn certain bruvage nomme Cajfwe, dans vae coupe dont félon la coutume il goûta le premier. Tous cens du Con- ieil en burent en fuite : Et puis on

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des Iles Antilles, 171 filtra de part &. d'autre en traittéd'ac- cord , à ces conditions.

Que les Cofachites 5 habiteroient pefle - méfie dans les Villes & les Bourgs des Apalachites. Qu'ils fe- roient en toutes chofes eftimez Se te- nus corne les Naturels du païs.Qu/ils Jouyroient entièrement des mefmes franchifes. Qu'ils feroient fuiets au Roy corne les autres.Qu'ils embrafle- roient'la ReJigion3&les coutumes du païs. Ou que s'ils aimoient mieus, les Apalachites leur quitteroient la belle & grande Province d'Amana^ pour la poilèder en 'propre* & en particulier, fuivant les limites qui y feroient po- sées, à condition toutesfois, qu'ils re- cônoitroient le Roy d'Apalache pour Souverain, & qu'à l'avenir ils luy fe- roient tous les ans les hommages rai- fonnables.

Cet, accord fut ainiî arrêté récipro- quement^ fuivy d'acclamations mu- tuelles. Et peu de temps après que les Députez des Cofachites eurent ren^u conte de leur negotiation à leur Chef & à ion ConfeilJ& qu'ils eurent pre- H % fente

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172. Histoire Morale fente le chois qui leur eftoit donné, ou de méfier leurs demeures avec les Apaiachites,ou de pofTeder eus feuls & en propre la Province ils eftoient entrez , ils acceptèrent d'vn commun confentement , la propriété de cette Province d3Amana>àz laquelle le Roy d'Apalache les mit luy même en pai<- fible pofleffion.Les fcmraes,les enfans & les vieillards,qui y étoiêt demeurez pendât que les hommes capables d'al- ler à la guerre,avoient fuivy leur Pris- ce,furent tranfportez dans les autres Provinces, le Roy leur affigna vne demeure arreftée , pour eus & pour tous les vaillàns homes de cette même Province, qui s'eftoient expofez pour fepouflet :Tennë"my,& pour conferver l'Etat. Après quoy,lesdeus partis po- ferent les armes : E& les Cofachites furent quérir leurs femmes, leurs en- fans , leur bétail , leur bagage , & les Soldats quils av.oicnç taillez prés du grand Lac de Theomi : Et fc réjoui- rent tous enfemble dans les Villes de leur demeure , pour le beau Pais qu'- ils avoient conquis , ainfi qu'ils IV

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Voient auparavant projette.

Les Apalachites 3 nommèrent de- puis ce tems-là Caraïbes., ces nou- veaus hoftes^ qui leur étoient arri- vez inopinément ôc contre leur at- tente, pour reparer la brèche qui a- voit efté faite3 par la peuplade de leurs gens en vne autre Contrée de rAme- rique. Ce mot de Caraïbes fignifie en leur langue 3 des Gens ajoutez,) on fur- venus fubitement & k Pimprovijla ; des Etrangers 3 ou des Hommes forts & vmilans > Comme pour dire qu'vn Peuple genereus, qu'ils n'attendoient pas leur eftoit furvenu 5 & leur avoit efté ajouté. Et ce nom demeura à ces nouveaus venus , au lieu de celuy de Cofachit€s3 qui n'a efté confervé que par quelques foibles 3c chetives fa- milles s qui elloient plus au Nord de la Floride , 6c qui après la fortie des vrais Cofachices > s'emparèrent de leurs Terres* & encore à prefent* veulent paflèr fous le nom de ceus qui les ont précédez en la poiTeflion de ce païs. Pendant que d'autre collé ces vrais Cofachites furent re- H 5 connus

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§74 Histoire Moraee reconnus fous le nom de Caraïbe^ en la Province d'Amana.Et c'eft auffi fous ce nom que dorefenavant nous parlerons d'eus 3 de des Colonies qu'ils ont faites depuis ce tems- là.

Ces deus Nations s'ecant ainfi v- nies pour terminer leur differens , & finir vne cruelle guerre qui les euft pu ruiner toutes deus,vécurent en fui- te plufieurs années en bonne corres- pondance l'vne avec l'autre. Mais a- prés que les Caraïbes fe furent acruë en grand nombre en cette terre qu'ils avoient aquife par kurs armes, ils ne voulurent point embrailèr la Religion des Apalachites qui adoroient le So- leil , comme nous dirons cy après, ni fe trouver à leurs ceremonies,au Tem- ple qu'ils avoient en la Province de Bémarin , étoit la Cour , ni enfin rendre au Roy les hommages qui luy eftoient deus^ pour la Province qu'ils avoient occupée/uivant leur promef- fe Se leur Traitté.

Ce manquement de parole de la parc des Caraïbes^ céta&e de félo- nie.

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des- Iles Antilies. 175 tût fut le fujet de plufieurs guerres fanglantes 5 qui furvinrent puis après entre ces deus Nations. Les Caraïbes, étoient invertis de tous coftez de leurs adverfaires3qui les reiîerroient de tel- le fortes qu'ils ne pouvoient aucune- ment s'élargir. Et les Apalachites, a- voient au cœur de leur Ecat vn cruel & irréconciliable Ennemy , qui les tenoit perpétuellement en alarme, de les obligeoit à eftre toujours fous les armes. Pendat quoy ces deus peuples, tantoft vaincus Se tantoft viîtorieus, félon que le fort de la guerre eft jour- nalier Se cafuel , menoient vne trille vie ; Et fouvent^pour n'avoir pu cul- tiver la terreau pour avoir fait le dé- gaft dans les champs les vns des au- tres , vn peu auant la récolte , ils e- ftoient réduits à vne extrême famine, qui faifoit mourir plus de gens entre eus que l'épée.

Ils paflferent plus d'vn fiecle en cqs conteft'ations Se en cette .guerre. Pon- dant laquelle les Caraïbes qui avoient pour Chef Se pour Roy de leur Natiô vn de leurs plus vaillans Capitaines H 4 qu'ils

îj6 Histoire Morale qu'ils nommoient Regaz.im&ccmïtnt leur Etat dVne autre Province qui leur eftoic voifme du cofté du Midy, & qui s'appelle Matique , laquelle perçant les montagnes par vue ou- verture, qui reçoit vn torrent dépen- dant des mêmes montagnes > s'étend puis après au Couchant , iufqu à la Rivière qui prenant fafource augrâd Lac, après avoir formé plufieurs Iles, êc arrofé plufieurs Provinces , fe va rendre enfin dans l'Océan. C'eft cette célèbre Rivière que nos François ont apelée de Maj/y&c que les Apalachites nomment Bafainim qui fignifle en leur langue , Rivière delkieuje , ou abon- dante en poijfons. Les Caraïbes ayant ainfi étendu leurs limites , & écarté leurs ennemis , firent pour quelques années vue efpece de trêve avec les Apalachites , qui eftant fatiguez de tant de guerres, & mattez par la perte d'vne Province confiderable , enten- dirent volontiers de leur part à cette ceiïation d'armes , de de tous adtes d'hoftilité.

Mais ces Apalachites,quiféchoient

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des Iles Antilles. 177 de regrec de voir kur Etat écorné d'v- ne célèbre Province, profitant deToc» cafion fauorable de cette trêve , tin- rent pluficurs fois des confeils fecrets comment ils pourroient emporter de plus grâds avantages fur les Caraïbes, qu'ils n'avoient fait iufques alors. Et après avoir reconnu par leurs triftes experiences,quails n'avoient pas beau- coup avancé leurs affaires en attaquât leurs ennemis à découvert &c à main armée,ils fe refolurent de les fupplan- ter par finefle * & à cet effet, de cher- cher tous les moyés de les divifer en- tr'eusj&de tes engager infenfiblement en vne guerre civile & inteftine. Ce confeil eftant reçeu & approuvé gé- néralement de tous : leurs Preftres, qui font parmy eus en grande eftime, 6c qui ont vois en leurs Alfemblées les plus importâtesjeur en fournirent bien toft les expediens3& leur en iug- gérèrent les moyens^qui fuient tels.

Ils avoient remarqué^que ces gens

qui les eftoiét venu furprendreen leur

propre Terre^eftoiét fans Religion,&

fans connoiffance d'aucune Divinités

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"178 Histoire Morale à laquelle ils rendiifent quelque fer vi- ce public3 &c qu'is craignaient feule- ment vn Efpric malin , qu'ils nom- moict Mabo'ùyaà caufe qu'il les cour» mentait quelquefois-.mais que cepen- dant ils neluy faifoient nul homma- ge.Et c'eft pourquoy dés les premières années de leur arrivée > pendant lef- quelles ils avoient vécu en bonne in- telligéce avec eus^ils les avoient vou- lu induire à reconnoîtreà leur exem- ple le Soleil pour le Souverain Gou- verneur du Monde,& à l'adorer com- me Dieu. Ces exhortations & ces en- feigncmens avoient fait de fortes im- preffions dans les efprits des princi- paus d'entre les Caraïbes. De forte qu'ayant reçeu les premiers principes de cette Religion, pendant les années: que leur mutuelle correfpondance eut lieuibeaucoup quittoient la Province dyj4mana5Qr\ laquelle ils demeuroient5, pour aller en celle de Bémarin,.la Ca- pitale des Apalachites5 dJoù ils mon- Soient en la montagne ctOldimi , fur laquelle les Apalachites font leurs offrandes folennelles». Et à leur imi- tation:

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des Iles Antilles. 179 tation ils avoient participé à ces Céré- monies & à ce Service. Ces Preftres^ que les Apalachites nomment Iaoùni* qui veut dire 5 Hommes de Dieu , fa- voient que les femences de Religion ne s'étouffent pas fi facilement dans les cœurs des Hommes > & qu'encore que les longues guerres qu'ils avaient eues avec les Caraïbes , en euflent empefché i'exercice3 il leur feroit aifé de rallumer les étincelles de cette con- noiifance , qui eftoient cachées fous îâ cendre.

La trêve & ceffation de tous actes d'hoftilité , qui avoit efté arreftce en- tre les deus Nations 3 en prefentoit vne occafion favorable. C'eft pour- quoy les Preftres du Soleil s'aviferent avec l'agrément du Roy > de faire pu- blier parmy les Caraïbes, qu'au com- raencement du mois de Mars , qu'ils nomment Naarim en leur langue, ils fcroient vn Service folennel à i'hon- sieur du Soleil en la haute montagne^, $c que ce Service feroit fuivy de jeus., de feftins 9 8c de prefens ^ que le Roy donneroit libéralement aus affiftans^ H- G Cette-'

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î8o Histoire Morale Cette Cérémonie n'eftoit pas nouvel- le parmy les Apalachites , les Caraï^ bes ne pouvoient fuf çonner aucune fraude , ny avoir aucune crainte de iurprife. Car ils avoïent cette coutu- me fort ancienne parmy eus > de fai- re des prières extraordinaires au So- leil, au commencement de ce mois de Naarim , qui eft précifement le tems qu'Us ont femé leurs Mays. Ils font ce Seruice pour demander au Soleil, qu'il veuille faire germer, croître .,&: meurir ce qu'ils ont confié à (es foins. Et ils pratiquent la même chofe , à la fin de May ; auquel tems ils ont fait la première rr oiilbn , pour luy rendre grâces des fruits qu'ils croyent avoir receus de fa main. D'ailleurs les Ca- raïbes favoient que durant cts Fêtes, les Apalachites pendoient au croc les arc» & les flèches ', que ce ferait vn grand crime parmy eus de porter des armes en leur Temple , Se d'y émou- voir la moindre difpute ; & qu'en ces jours-là, les plus grands ennemis fe reconcilioient Se dépofoient toute leur inimitié. Ils ne doutaient auffi nulle- ment

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©es Iles Antilles. igx ment, que la foy publique , ôc la pro- méfie folemnellement faite, ne fût in- uiolablement gardée.

Dans cette afleurance , ils fe difpo- fent à pafler à Bémarin au tems affi- gné : ôc pour contribuer de leur parc à la réjouiilance publique , ils fe pa- rent le plus avantageufemét qu'il leur efb poffible. Et bien que dés-lors , ils euiïènt coutume de s'habiller fort à la legere^&: de montrer leur corps prêt que à fruchj toutesfois pour s'acomo- deraus faflons de faire de leurs voifins qu'ils alloient vifiter,ils mettét en œu- vres toutes les forrures^les peaus pein- tes ôc les étofes qu'ils avoient pourfe faire des habits. Ils n'oublient point auffi de peindre d'vn rouge éclatant leur vifage , leurs mains, ôc toutes les nuditez qui pouvoient paroitre : Et ils fe couronnent de leurs plus riches guirlandes, dilues de plumes différen- tes des plus beaus oifeaus du pais. Les Femmes, voulant de leur côté prendre part à cete folénité,font tout ce qu'el- les peuvent pour fe rendre agréables.

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ï Zz s toi re Morale Les chaînes de Coquillage de divers fes couleurs, les pendans d'oreiiles,<5£ les hauts bonets enrichis de pierres luifantes & precieufes,que les torrens charrient avec eus des plus hautes montagnes, leur donnoienc vn luftrc extraordinaire. En céc équipage les Caraïbes , partie par curiofïté , partie par vanité de fe faire voir , &c quel- ques-vns parvn mouvement de Re- ligion, entrepreneur ce pelerinage:Et pour ne point donner d'ombrage h ceus qui les avoienc fi amiablement conviez , ils quittent arcs , fléches,6c mafïuës V au dernier village de leur juriidiâ;ion,&: entrent en la Province de Bémarin avec v ne (impie baguette^ en chantant & en fautant, comme ils font tous à' vue humeur extrêmement gaye , & enjouée.

D'autre part les Apalachites les atendoient en bonne devotion:& fui- vant l'ordre qu'ils- en avoient reçeu- de leur Roy , qui fe no m moi t Teltla- Bin y la race duquel commande enco* xe h prefent parmy ce peuple s ils xe- ceurent courtoifement tous ceus qui

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des Iles Antilles. *8f vinrent au Sacrifice. Dés l'entrée mê- me des Caraïbes en leur Province^ ils leur firent vn accueil auffi cordiaî5 que s'ils euflent efté leurs frères 3 ôc qu'il n'y euft jamais eu de différent entre eus : Ils les régalèrent ôc fe- ûinerent tout le long du chemin , ÔC les efcorterent jufques à la Ville Ro- yale qu'ils appellent encore main- tenant Melilùt ; c'eft à dire Ut Ville au Confeil 3 parce que c'eft la de- meure du Roy &:de fa Cour. Les Chefs des Caraïbes > furent traittez fplendidement au Palais Royal > 5c ceus du commun chés les Habitans de la Ville 5qui n'épargnèrent rienr de ce qui pouvoir contribuer à la fa- tisfadion ôc à la rejouiifance de leurs faoftes.

Le jour dédié au Sacrifice du Solei!3 le Roy des Àpalachites avec fa Cour3 qui eftoit notablement accreuë pat L'arrivée des Caraïbes^ ôc d'vn grand nombre diiabitans des autres Provin- ces^qui eftoient venus à la Fêtc^mon- ta de grand matin fur le fommet de la montagne d'Olaïmi,.qui n'eit éloignée;

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ï84 Histoire Morale que d'vne petite lieuë de la Ville. Ce Pri